Conversation avec Moi-Même

Il faut regarder les choses en face : en quelques mois seulement, le projet Eklabugs est passé de la Croisière s'amuse à Robinson Crusoë sauvé de justesse de la noyade par le Commandant Costaud et sa boite de pois cassés... mais qu'est-ce que je raconte ? Je crois que je suis victime de la maladie des caissons. Bibi a le mal des profondeurs, oh non1 ! Juste une naufragée échouée sur une île perdue au milieu de l'océan qui envoie un SOS au monde en espérant que quelqu'un trouvera son message dans une bouteille.2 La solitude aura beau s'imposer, elle n'aura jamais raison de Moi, Moi-Même, Grand Moi et Petit Moi.

Je parle seule et j'entends des voix

La solitude est bonne aux grands esprits et mauvaise aux petits. La solitude trouble les cerveaux qu'elle n'illumine pas.

Victor Hugo

Je sais ce que vous vous dites (et aussi ce que vous allez me dire) : elle travaille du chapeau et entendre des voix, ce n'est pas bon signe. D'aucuns diraient même que « le soliloque, c'est-à-dire le discours qu'une personne seule se tient à elle-même, est l'un des premiers signes diagnostiques isolés de la schizophrénie ou de certaines formes de psychose ».3

En réalité, ce serait une pratique saine voire même le propre des génies ! Albert Einstein lui-même avait l’habitude de se répéter ses phrases à lui-même, doucement et à voix basse.

« Pour Freud », explique un psychologue, « on a ce dialogue car il y a plusieurs instances à l'intérieur de nous. C'est comme un dialogue entre plusieurs dimensions de notre personnalité. Le "tu" dénote d'ailleurs d'une position d'extériorité. La personne s'identifie alors à son surmoi. »3

Il se trouve que nous passons, en fait, un quart de notre vie éveillée à nous parler à nous-mêmes.

Converser tout haut (ou tout bas) avec nous-même répondrait à un besoin de focaliser notre attention et de nous concentrer et serait extrêmement bénéfique pour notre processus de pensée en permettant à notre cerveau de travailler de manière plus efficace comme l'a démontré une étude parue dans le Quarterly Journal of Experimental Psychology (revue trimestrielle de psychologie expérimentale).4

La solitude à plusieurs

« Ce grand malheur de ne pouvoir être seul !….. » dit quelque part La Bruyère, comme pour faire honte à tous ceux qui courent s’oublier dans la foule, craignant sans doute de ne pouvoir se supporter eux-mêmes.

« Presque tous nos malheurs nous viennent de n’avoir pas su rester dans notre chambre, » dit un autre sage, Pascal, je crois, rappelant ainsi dans la cellule du recueillement tous ces affolés qui cherchent le bonheur dans le mouvement et dans une prostitution que je pourrais appeler fraternitaire, si je voulais parler la belle langue de mon siècle.

Charles Baudelaire

En réalité, ceux qui disent ne jamais entendre de voix dans leur tête sont non seulement hypocrites mais leur déni et leur peur du regard des autres les rendent plus vulnérables à tout ce qu'ils redoutent le plus tout en n'osant se l'avouer, à savoir le jugement, la manipulation, la confusion voire même la névrose.

Sans aller jusque-là, qui entretient le bordel dans sa tête en y laissant pousser n'importe quoi s'expose donc, à terme, à patauger dans le potage et à s'enliser dans des paradoxes irréconciliables. Un terrain propice à la dissonance cognitive et à la fameuse doublepensée orwellienne en référence à « une capacité à accepter simultanément deux points de vue opposés et ainsi mettre en veilleuse tout esprit critique. C'est aussi une rupture avec le "principe de non-contradiction" sur lequel repose toute la science démontrable ».5

Et comme vous pouvez le constater dans ce nouvel ordre mondial ubuesque qui est en train de s'instaurer sous couvert d'urgence sanitaire, ceux qui ne pensent pas « en dehors de la boite » (comme disent les Anglo-saxons) sont en train d'acheter leur ticket en première classe pour l'Enfer.

Alors comment trier le bon grain de l'ivraie ?

© L'oud

Par le dialogue avec soi-même. En interrogeant, avec bienveillance et en toute impartialité, ses propres pensées, peurs, croyances comme si chacune était un de vos enfants. Car toutes disposent d'une signature vibratoire qui leur est propre et que vous apprendrez vite à distinguer en vous observant et en restant à l'écoute de vous-même. Non pas par la méditation où tout le monde est réduit au silence mais en situation réelle où chacun a droit de citer.

Toutefois, comme dans une classe d'enfants indisciplinés, toutes ces voix qui cherchent à s'exprimer en même temps et à se dominer les unes les autres, peuvent vite engendrer une cacophonie épouvantable, basculer dans l'anarchie la plus totale et vous contraindre à fuir votre royaume intérieur.

Pour y remédier vous pouvez toujours recourir à la fameuse Pensine du Professeur Dumbledore, sorte de cloud qui permet d'alléger son disque dur. Mais il existe une solution bien plus efficace : le symposium ou colloque avec Soi-Mëme, Petit Soi, Grand Soi et Soi tout court.

Souvent, il y a tellement de monde dans ma tête que je ne m'entends carrément plus penser et ça me met hors de moi. Donc, pour ne pas me faire éjecter de mon trône de souveraine intérieure et les empêcher de tous parler à la fois, je les prends chacun un par un et je converse avec eux à voix haute. Croyez-moi, il n'y a pas mieux pour apaiser les tensions, les doutes, les malaises, la confusion.

Je leur parle comme je le ferais avec une personne physique en face de moi. Je leur pose des questions et je les laisse me répondre de manière automatique, sans le filtre intérieur du mental juge. Cela peut paraître bizarre mais c'est très productif. Et plus on apprend à s'entendre, plus la vie devient facile.

En fait, la seule chose qui peut freiner est notre mental-ego soucieux de la réaction de l'entourage pour ceux qui n'ont pas le luxe de pouvoir s'isoler. Alors à vous de voir : passer pour un fou pour le bien de votre santé mentale ou devenir fou pour ne pas avoir l'air de l'être ?

L'envers solitaire

Ça doit faire mille ans ou plus
Que personne n'a frappé à ma porte.
Tout apprêté et nulle part où aller,
Bienvenue dans ce One Man Show !
Prenez place, c'est toujours gratuit.
Aucune surprise, aucun mystère,
Dans ce théâtre que j'appelle mon âme,
C'est toujours moi qui suis en vedette.
Je me sens tellement seul...

"So Lonely", The Police (1978)

Je pourrais également vous parler des différents types de solitude physique, morale, spirituelle... de la super, de l'hyper, et même de l'ultra-solitude.

Comme aurait pu dire Coluche, la solitude, on connaît. La super-solitude, c'est quand en plus d'être seul, on est plus seul que les autres — genre tu es un héros de la solitude. L'hyper-solitude, ça devient limite hystérique... hip ! hip ! houla... Et l'ultra, ça doit être l'élite de la solitude quand t'es tellement seul qu'il n'y a que les chiens qui peuvent t'entendre : « Ohé ! Y'a quelqu'un ? »

Mais si on suit la logique du spectre établi par les doctorants, pourquoi n'y aurait-il pas d'infra-solitude — genre tu es tellement seul que tu deviens invisible et qu'il faut des lunettes spéciales pour te voir ?

Finalement, la solitude ordinaire, c'est pas si mal.

Dans l'aire du Ver Sot

Vas-y que j'te chouchoute,
Que j'te fais des courbettes,
Mais moi j'suis dans ma peau,
Personne peut y rentrer.
Je suis seul en dedans.
Marrant ou pas marrant.
Seul, seul, seul....

Seul", Téléphone (1979)

Alors oui, j'aurais aussi pu en rajouter une couche avec l'étymologie (soli-terre) qui d'un simple glissement de dentale peut rendre un solitaire solidaire.

Ou encore vous ressortir la panacée urticante du réducteur de ciboulot à la sauce freudo-kafkaïenne ou que sais-je encore (on s'en bat le coquillage), le tout saupoudré de ciboulette hachée menue. Au lieu de cela, j'ai préféré une entrevue en seule à seul avec un ex-père en lames à tiers.

Le ver solitaire qui, décidément très sot, après avoir été mis à pied pour agression envers le ver à moutarde qui lui montait au nez (« Si je te chope, on va devoir te mettre en bière » qu'il lui a dit) se pique désormais de jalousie envers le mille-patte.

Rendez-vous compte, ce ver rouillé psycho-patte, complètement moulu, a également menacé le ver luisant de lui faire voir trente-six chandelles. Heureusement, un courageux ver à soi a remis ce ver téniasse à sa place.

Alors prenez bien soin de vous et ne vous laissez surtout pas squatter par ce genre de parasite qui s'attrape facilement par les temps qui courent (et non, ce ne sont pas des conneries : un Américain s'est vraiment fait retirer un ver solitaire qui était venu se loger dans son cerveau6).

Je vous demanderais donc maintenant de bien vouloir aller voir chez les autres participants (dont vous trouverez la liste ci-dessous) si j'y suis.

Notes et références

  1. ♫ "The Bends", Radiohead (1995)
  2. ♫ "Message In A Bottle", The Police (1979)
  3. www.lexpress.fr
  4. www.demotivateur.fr
  5. wikipédia.org
  6. www.futura-sciences.com

Projet EklaBugs #64

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La dialectique hégélienne : un outil pour asservir l'humanité

La pensée hégélienne affecte l'intégralité de notre structure politique et sociale. Cette dialectique est le cadre qui oriente nos pensées et actions vers le conflit pour nous conduire à une solution prédéterminée.

Si nous ne comprenons pas comment elle façonne nos perceptions du monde, alors nous ne ignorons comment nous contribuons à donner corps à cette vision. Il est impossible de voir au-delà des sentiers battus en restant enfermé dans une réflexion dialectique.

La dialectique hégélienne est un outil qui nous manipule dans un schéma circulaire forcené de pensée et d'action. Chaque fois que nous combattons ou défendons une idéologie, nous jouons un rôle essentiel dans le jeu des élites qui maintient ce système en place. Retirer sa conscience est fondamental.

L'échiquier est un symbole maçonnique ou hégélien bien connu où les cases noires et blanches représentent le contrôle par la dualité dans tous les aspects du grand jeu de la vie. Gauche ou droite, blancs ou noirs, conservateurs ou libéraux, démocrates ou républicains, chrétiens ou musulmans, et ainsi de suite. Ce contrôle s'obtient par le biais de deux parties adverses lorsque ces dernières atteignent la même destination qui est l'ordre par le conflit et le chaos organisés.

Opposer la gauche (la thèse) à la droite (l'antithèse) aboutit à un juste milieu ou au contrôle (la synthèse). Le triangle et l'œil qui voit tout que nous voyons si souvent symbolisent l'achèvement du grand œuvre entrepris il y a presque 6000 ans lorsque l'humanité a été prise en charge et déconnectée.

À la base, ce sont les parties adverses qui soutiennent la pyramide, tandis qu'au sommet, c'est la solution contrôlée ou terrain d'entente qui lui sert de pierre angulaire. La dialectique hégélienne est une seule et même, le plan final est dans l'action, le système étant en déclin et voué à l'échec.

Le modèle dualiste de l'ordre dans le chaos est fondé sur la séparation des individus par le biais de l'économie. Par contre, le monde est à un point culminant où les consciences basculent et où les gens perçoivent la machination. Ainsi le système qui « nous contrôle » ne peut plus perdurer. Ceux qui manipulent la Terre se sont servis de la dialectique hégélienne pour séparer et contrôler les frères et les sœurs, les enfants de cette planète.

La seule manière de mettre un terme définitif aux atteintes à la vie privée, à l'expansion des pouvoirs de la police, aux expropriations de terres, aux guerres contre des objets inanimés, aux opérations secrètes, et aux attaques directes contre la liberté individuelle est de sortir de cette dialectique en faisant basculer sa conscience. Ce qui nous libérera des limites de la pensée contrôlée et dirigée.

C'est un seul et même jeu mis en place par la cabale de ce monde, nous choisissons de jouer ces rôles pour soutenir un système conçu pour nous empêcher de prospérer, mais il est temps de le changer. Nous devons nous attendre à assister à davantage de folie et de tactiques de peur de la part de l'ordre établi afin de conserver sa mainmise, mais vous avez toujours la liberté de penser autrement et d'abandonner la dialectique hégélienne. À mesure que les coups sur l'échiquier deviennent de plus en plus évident, vous pouvez voir ce système pour ce qu'il est.

Texte original de ANDRÉ traduit de l'anglais par EY@EL
© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

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Soldats digitaux

Un pour tous, tous pour un ! Pour la petite histoire qui a fait boule de neige, j'ai découvert cet hymne génial à la résistance contre la désinformation merdiatique en lisant quelques commentaires sur une publication Instagram de Matt Bellamy. Un fan de Muse s'y plaignait d'avoir eu sa chanson censurée de partout et cela a piqué ma curiosité. J'ai donc demandé à l'entendre. Il m'a ensuite expliqué que dès sa parution, son clip était devenu viral, suite à quoi toutes les chaînes l'ayant partagé se sont vues immédiatement fermées par YouTube. Tout comme le compte Instagram sur lequel il l'avait publié. Quant à sa chaîne YouTube, elle a été déréférencée (shadow-banned), ce qui revient à devenir invisible aux yeux des internautes qui doivent connaître votre adresse pour vous trouver. Honte à ceux qui croient encore au complotisme ! Ayant eu un gros coup de cœur pour ce morceau (que Muse ne renieraient pas), j'ai eu l'idée d'en parler sur le tchat Télegram des DéQodeurs qui se sont empressés de le reposter dans leur fil d'actu, ce qui a valu à Gordon McNeil de retrouver des vues et recevoir des dons pour financer l'enregistrement d'un album ainsi que des encouragements de tous les soldats numériques francophones. Gordon est basé à Glasgow et c'est Melodie, son adorable fillette de cinq ans que l'on voit jouer de la batterie électronique dans la vidéo live.

Ey@el

Digital Soldiers

Un pour tous, tous pour un !
Faites confiance au Plan,
Ne vous laissez pas décourager.
Un pour tous, tous pour un !
Vous ne savez pas ? C'est nous
Les soldats numériques !
Les soldats numériques !

Posez-vous un instant
Et réfléchissez au monde
Dans lequel on vit.
Songez à tous les mensonges
En permanence,
Personne n'a dit que ça allait être facile.

Voler la nuit,
Rêvons-nous d'un miracle ?
Esprits ouverts ?
Ouvrez grand,
Personne n'a dit que ça allait être facile.

Chaque jour, il y a des gens qui prient
(Ouvrez vos oreilles pour les entendre)

Un pour tous, tous pour un !
Faites confiance au Plan,
Ne vous laissez pas décourager.
Un pour tous, tous pour un !
Vous ne savez pas ? C'est nous
Les soldats numériques !
Les soldats numériques !

La corruption avec le sourire,
Comment savoir qui croire
Et à qui se fier ?
Et pendant ce temps-là,
Ils ne cesseront
De s'étendre partout.

Accrochez-vous
Parce que le marais est profond
Et vous n'avez encore rien vu.
Esprits ouverts ?
Ouvrez grand,
Personne n'a dit que ça allait être facile.

Ça passe ou ça casse
Alors partants ?
(Nous voulons tous la paix et l'harmonie)
Ils ne céderont pas — non !
(Jamais, jamais)

Un pour tous, tous pour un !
Faites confiance au Plan,
Ne vous laissez pas décourager.
Un pour tous, tous pour un !
Vous ne savez pas ? C'est nous
Les soldats numériques !
Les soldats numériques !

Texte original de GORDON MCNEIL traduit de l'anglais par EY@EL
© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

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George Orwell nous avait mis en garde contre la plus dangereuse forme de censure — et nous y voilà maintenant

Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment.

George Orwell

Les géants de la technologie censurent désormais ouvertement l'opinion populaire en supprimant certaines pages sélectionnées sur les réseaux sociaux en soi-disant « infraction avec les règles de la communauté ».

Évidemment, ces sociétés telles que YouTube et Facebook ne fournissent jamais aucun motif précis quant au retrait des pages créées par leurs utilisateurs (notre chaîne YouTube a été effacée en 2017 sans aucune raison apparente tandis que notre page Facebook s'est vu étouffée au point de perdre toute visibilité) et il n'y a jamais moyen raisonnable de faire appel pour le rétablissement de ces pages.

Mais au bout du compte, il y a peu de chance que cette forme de censure mène à la redoutée répression des idées du temps des Soviets qui conteste l'ordre établi. Il est plus raisonnable de s'attendre à ce que ces sociétés soient tombées dans le piège de leur arrogance monopolistique et que l'on assiste à un déclin massif de leurs audiences, entraînant un effondrement du cours de leurs actions et une révolte de leurs actionnaires en colère. En d'autres termes, ces sociétés sont en train de se tirer une balle dans le pied.

Ceci dit, le climat socio-politico-médiatique actuel en Amérique risque d'aboutir à cette forme de censure bien plus dangereuse et insidieuse qu'est l'autocensure.

Le dictionnaire Cambridge définit l'autocensure ainsi :

Contrôle de ce que l'on dit ou fait afin d'éviter d'irriter ou offenser autrui mais sans que la nécessité d'un tel contrôle soit officiellement déclarée ;

Et selon Wikipédia (version anglophone) :

L'autocensure est la mise en œuvre d'une censure ou classification de son propre discours par crainte ou égard aux sensibilités ou préférences (réelles ou supposées) d'autrui et ce, sans pression directe d'un quelconque parti ou organe de pouvoir.

Autrement dit, l'autocensure revient à se taire volontairement par peur de représailles non officielles, lesquelles peuvent se manifester sous diverses formes, légère ou intense, mais repose fondamentalement sur la crainte de que les autres vont penser de vous ou vous répondre s'ils n'aiment pas ce qu'ils entendent.

Cette forme de censure est déjà en train de se mettre en place au niveau individuel par peur de contrarier la populace et les hordes de personnalités bien-pensantes qui se font mousser. Par peur que tout ce que vous pourriez dire puisse et soit utilisé contre vous devant le tribunal de l'opinion publique et du politiquement correct. Qu'en faisant valoir votre opinion sur quelque chose, vous risquez de vous faire attaquer par des tyrans manipulateurs tout de noir vêtus et portant des mégaphones, vous faire expulser physiquement d'un restaurant ou harceler dans votre quotidien.

George Orwell a beaucoup parlé de l'autocensure à la fin de la seconde guerre mondiale. Lorsqu'il a cherché à publier son classique, la Ferme des animaux, une critique métaphorique de la société soviétique écrite pendant la guerre, il s'est fait rejeter par de nombreux éditeurs qui craignaient de heurter le sentiment général qui régnait à l'époque où il ne fallait pas critiquer l'URSS au risque de susciter un conflit diplomatique avec le Royaume-Uni.

Personne n'avait donné l'ordre aux éditeurs et rédacteurs en chef de ne PAS critiquer l'URSS, pourtant c'est ce qu'ils faisaient afin de ne froisser ni le milieu politique ni le sentiment populaire. En réaction à cela, Orwell avait rédigé une préface à la Ferme des animaux, y expliquant les conséquences de l'autocensure sur une société libre.

Dans une courte lettre intitulée "La liberté de la presse", il décrit avec justesse la situation à laquelle nous sommes aujourd'hui confrontés.

Mais le principal danger qui menace aujourd'hui la liberté de pensée et d'expression n'est pas l'intervention directe du ministère de l'Information ou de tout autre organisme officiel. Si les éditeurs et les directeurs de journaux s'arrangent pour que certains sujets ne soient pas abordés, ce n'est pas par crainte des poursuites judiciaires, mais par crainte de l'opinion publique. La lâcheté intellectuelle est dans notre pays le pire ennemi qu'ait à affronter un écrivain ou un journaliste, et ce fait ne semble pas avoir reçu toute l'attention qu'il mérite.

Orwell poursuit sa critique :

Les idées impopulaires peuvent être étouffées et les faits gênants passés sous silence, sans qu'il soit besoin pour cela d'une interdiction officielle. Quiconque a vécu quelque temps dans un pays étranger a pu constater comment certaines informations, qui normalement auraient dû faire les gros titres, étaient ignorées par la presse anglaise, non à la suite d'une intervention du gouvernement, mais parce qu'il y avait eu un accord tacite pour considérer qu'il « ne fallait pas » publier de tels faits. En ce qui concerne la presse quotidienne, cela n'a rien d'étonnant. La presse anglaise est très centralisée et appartient dans sa quasi-totalité à quelques hommes très fortunés qui ont toutes les raisons de se montrer malhonnêtes sur certains sujets importants. Mais le même genre de censure voilée est également à l'œuvre quand il s'agit de livres et de périodiques, ou encore de pièces de théâtre, de films ou d'émissions de radio. Il y a en permanence une orthodoxie, un ensemble d' idées que les bien-pensants sont supposes partager et ne jamais remettre en question. Dire telle ou telle chose n'est pas strictement interdit, mais cela « ne se fait pas », exactement comme à l'époque victorienne cela « ne se faisait pas » de prononcer le mot « pantalon » en présence d'une dame. Quiconque défie l'orthodoxie en place se voit réduit au silence avec une surprenante efficacité. Une opinion qui va à l'encontre de la mode du moment aura le plus grand mal à se faire entendre, que ce soit dans la presse populaire ou dans les périodiques destinés aux intellectuels.

George Orwell

Dans cette dynamique, l'influence de la pression populaire et commerciale est bien plus efficace à étouffer toute dissension que n'importe quel décret de censure officiel ne pourrait le faire.

Pour ce qui est de l'importance de la liberté de la presse, l'écrivain américain E.B. White parlait de la valeur culturelle de disposer d'une grande variété de points de vue différents et d'organes de presse courageux professant un large éventail d'idées.

La presse dans notre pays libre ne doit sa fiabilité et son utilité non pas à sa bonne réputation mais à sa grande diversité. Tant que ses propriétaires seront nombreux, chacun à la recherche de sa propre marque de vérité, nous, le peuple, auront la possibilité d'accéder à la vérité et de résider dans la lumière. La multiplicité de propriété est essentielle. C'est lorsque la presse tombe entre les mains d'une minorité ou sous le contrôle de l'État que la vérité nous échappe et la lumière s'éteint. Pour un citoyen de notre société libre, c'est un immense privilège et une merveilleuse protection que d'avoir accès à des centaines de périodiques, chacun colportant ses propres convictions. La sécurité est dans la multitude : les journaux dénoncent mutuellement leurs folies et peccadilles, se corrigent les uns les autres, et équilibrent les partis pris des uns et des autres. Le lecteur est libre de naviguer à sa guise dans ce micmac éditorial et de l'explorer pour la seule chose qui importe : la vérité.

E. B. White

En conclusion

La censure médiatique est une transformation de la circulation de l'information alors que l'autocensure fait basculer les consciences et constitue un des piliers dangereux de la pensée de groupe.

Nous n'en sommes pas encore là, et de loin, tant il est évident que les deux côtés de l'échiquier politique américain sont fermement engagés à se faire mutuellement la guerre. Mais à mesure que le discours social poursuit sa digression et que les multinationales et autres institutions se sentent plus habilités à contraindre leurs employés et clients à se conformer à une opinion politique ou une autre, l'autocensure s'insinuera d'autant plus dans notre culture.

Aurez-vous le courage d'être vous-mêmes à mesure que la pression de la censure sur Internet s'amplifiera ?

Texte original de DYLAN CHARLES traduit de l'anglais par EY@EL
© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

Image couverture : Jackson Simmer

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Hotel California

Il y a des chansons comme ça qui marquent à jamais les esprits, survivent à l'épreuve du temps et deviennent des légendes. "Hotel California" est de celles-là. Ce morceau d'anthologie est sans aucun doute le plus connu des Eagles, vendu à 16 millions d'exemplaires rien qu'aux États-Unis, numéro un dans les charts pendant 19 semaines et consacré meilleur disque de l'année, en 1978, par l'industrie du disque américaine.

Hotel California

Sur une grande route sombre au milieu du désert,
Les cheveux agités par un vent frais
D'où s’élevaient de douces effluves de colitas,
Au loin, j'aperçus une lumière chatoyante.
Ma tête devint lourde et ma vue s'obscurcit,
Je dus m'arrêter pour la nuit.

Elle se tenait là, sur le seuil de la porte.
J'entendis la cloche de la mission
Et je me dis :
« Ce pourrait être aussi bien
Le Paradis que l'Enfer ».
Et puis elle alluma une bougie
Et me montra le chemin.
Dans le couloir, il y avait des voix,
Je crus les entendre dire :

« Bienvenue à l'hôtel California,
C'est un si bel endroit
(Un si bel endroit),
Une si belle façade.
Il y a toujours des chambres à l'hôtel California
En toute saison
(En toute saison),
Il sera toujours là. »

Elle a l'esprit corrompu de chez Tiffany,
Et les courbes d'une Mercedes,
Et beaucoup de garçons
Très, très mignons
Qu'elle appelle ses amis.
Il faut les voir danser dans le patio,
Cette douce sueur estivale.
D'aucuns dansent pour se souvenir,
D'autres le font pour oublier.

Alors j'ai sommé le Capitaine :
« Voudriez-vous m'apporter mon vin. »
« Nous n'avons pas disposé d'un tel cru
Depuis 1969 » me dit-il.
Et toujours ces voix lointaines
Qui vous appellent et vous réveillent
Au beau milieu de la nuit
Pour vous dire :

« Bienvenue à l'hôtel California,
C'est un si bel endroit
(Un si bel endroit),
Une si belle façade.
On s'amuse bien à l'hôtel California,
Quelle agréable surprise
(Quelle agréable surprise),
Amenez vos alibis. »

Des miroirs au plafond,
Du champagne rosé bien frappé,
« Nous sommes tous prisonniers ici
De notre propre fait » me dit-elle.
Et dans les chambres du Maître,
Ils se sont réunis pour le festin,
Ils ont beau le poignarder
De leurs couteaux d'acier,
Ils n'arrivent pas à tuer la bête.

La dernière chose dont je me souvienne
Est de m'être rué vers la sortie.
Il fallait que je retrouve le passage
Pour retourner à mon point de départ.

« Détendez-vous » me dit le receptionniste de nuit,
« Nous sommes programmés pour recevoir.
Vous pouvez rendre vos clés à n'importe quelle heure
Mais vous ne pourrez jamais quitter ces lieux ! »

Glenn Frey & Don Henley, 1976

À propos de cette chanson

Au delà de son texte très cinématographique, évoquant bien entendu Hollywood et largement inspiré de la série Twilight Zone, "Hotel California", initialement intitulé "Mexican Reggae", fit et continue à faire couler beaucoup d'encre quant au soi-disant sens caché (ou pas) de ses paroles sujettes à moult interprétations possibles. (Pour ma part, je ne peux m'empêcher de penser au fameux hôtel de luxe hanté du Shining de Kubrick).

Selon les membres du groupe, il serait une référence directe à l'hédonisme et l'auto-complaisance de la culture américaine.  « À la base, cette chanson évoque la face sombre du rêve américain et de tous les excès dans ce pays, une chose sur laquelle nous en connaissons un rayon. » explique Don Henley. « Nous étions tous des gamins issus de la classe moyenne du Midwest. "Hotel California" est notre interprétation de ce qu'est la grande vie à L.A. » (Source)

Je n'entrerai pas dans les détails des interprétations possibles et des prétendues métaphores parce que pour moi, ce texte se comprend au sens littéral, ce qui le rend encore bien plus glauque. Je ne vais pas non plus vous faire un exposé de « complotiste » sur le rôle et les dessous d'Hollywood et de l'industrie du spectacle, le MK Ultra, le projet Monarch, la pédophilie, les esclaves sexuels, la magie noire, les sacrifices humains, etc. Ni comment beaucoup de célébrités et personnalités de pouvoir ont vendu leur âme sciemment ou se sont faites piéger — ou plus horrible encore ont été « vendues » par leur propre famille.

Le premier couplet évoque bien sûr l'attrait des fausses lumières et du glamour qui hypnotisent et envoûtent le narrateur (« Au loin, j'aperçus une lumière chatoyante. Ma tête devint lourde et ma vue s'obscurcit. »). Les effluves de colitas ont un double sens. Il s'agit d'un terme d'argot dans la culture hispanique faisant à la fois référence au cannabis et... aux fesses ! Drogue et luxure, les deux armes favorites pour détourner la kundalini (force de vie) et déconnecter les âmes.

La suite est bourrée de connotations religieuses : mission, paradis, enfer, bougie, chemin. La cloche de la mission fait très certainement référence aux nombreux missionnaires catholiques venus d'Espagne qui furent les premiers à coloniser la Californie. Elle pourrait s'interpréter comme un signe que le protagoniste refuse d'écouter puisqu'il choisit de se laisser montrer le chemin par une fausse prophétesse. Les voix peuvent être le lavage de cerveau qui commence tout comme des incantations. Ne dit-on pas qu'il est malsain d'entendre des voix ?

Le second couplet fait référence à cette mentalité superficielle obnubilée par l'argent, le luxe, le bling-bling (Tiffany, Mercedes) et la luxure. Pourquoi des « garçons très, très mignons » plutôt que des hommes très sexy ? On imagine mal, dans une société aussi machiste, une femme ayant l'équivalent d'un harem. Sauf s'il s'agit de jeunes garçons sous MK Ultra qui luttent pour recouvrer leur volonté ou pour oublier les horreurs qu'on leur a fait et fait subir.

Quant à l'histoire du vin et du cru —  qui m'a semblé la traduction la plus acceptable pour le double sens de spirit  en anglais qui signifie à la fois « alcool spiritueux » et « esprit » même si Don Henley lui-même aurait répondu à un journaliste que cela n'avait pas grand chose à voir avec des boissons alcoolisées mais qu'il s'agissait plutôt un « constat sociopolitique » (l'esprit perdu du rêve américain et la déchéance de l'industrie musicale après Woodstock en 1969) — ne dit-on pas dans la religion catholique que le vin est le sang du Christ et ne parle-t-on pas du Saint-Esprit ? Ce n'est pas si déplacé que cela avec ce qui suit.

Et ces voix qui « vous réveillent au milieu de la nuit » pour vous dire d'« amener vos alibis ». Des alibis pour quoi ? Pour passer louer de pizzas, sans doute ?

Le dernier couplet me fait penser à Eyes Wide Shut, le dernier film ultra glauque de Kubrick. Ils sont tous prisonniers parce que lorsque l'on entre dans le cercle des Illuminati de son plein gré ou parce qu'on vous a piégé pour vous faire chanter — car c'est ainsi que procède l'état profond pour manipuler ses pions et gouverner le monde dans l'ombre — on ne peut plus s'échapper.

Les « chambres du Maître », qui en anglais (chambers) ne désignent pas une chambre où l'on dort mais plutôt une grande salle de réception ou encore une antre secrète (cf. la chambre des secrets dans Harry Potter), et tout ce qui est décrit ensuite me parait un peu too much pour une métaphore poétique du rêve américain (sic). Je ne sais pas mais ça décrit clairement une scène de rite satanique. Même Baudelaire sous emprise de substances illicites et de spleen n'était pas aussi gore dans ses allégories !

Et enfin, les dernières lignes que n'aurait pas reniées Faust : « Vous pouvez rendre vos clés à n'importe quelle heure, mais vous ne pourrez jamais partir ! » Notez aussi le « nous sommes programmés ».

Il est clair que ce texte pourrait parler de tout et n'importe quoi mais aussi de tout ce dont il a l'air de parler (relisez Lewis Carroll sur la manipulation du langage, les double sens et la logique de l'absurde). Bien sûr, comme toujours, on vous montre les choses pour que vous donniez votre consentement parce qu'ils sont obligés de respecter la loi du libre-arbitre. Et puis ces gens ont un énorme complexe de supériorité et s'attendent à ce que vous ne captiez pas. Mais ils ont oublié un détail essentiel : l'intelligence du cœur est un milliard de fois supérieure à celle de l'ego formattable à volonté parce qu'elle est directement reliée à la Source, au Divin... appelez-le comme vous voudrez.

Il n'y a jamais qu'une seule vérité. Il n'y a que des portes qui s'ouvrent et se referment sur des réalités en accord avec vos choix et vos croyances. Il faut juste savoir, cependant, que certaines réalités ne permettent plus d'accéder à d'autres.

Que la lumière soit avec l'humanité. En ce jour plus que jamais.

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