Vibrations, fréquences, signatures vibratoires : mise au diapason

Aujourd'hui, la technologie a atteint un stade si avancé qu’il est devenu très facile de tout falsifier. À tel point que même les experts ont parfois du mal à distinguer ce qui est réel de ce qui est généré par une intelligence artificielle. 

Dans la vie quotidienne, en dehors même des réseaux sociaux — où de moins en moins de gens sont vraiment ce qu’ils prétendent être — on peut très vite se faire berner. Pas seulement par des gourous ou des escrocs, mais aussi par des manipulateurs, des pervers narcissiques, ou de faux amis. 

Pourtant, il existe un moyen infaillible de savoir à qui vous avez réellement affaire : la signature vibratoire. On la reconnaît non pas à ce que l’on voit, entend ou ressent, mais uniquement à la vibration.

Dans les milieux nouvelagistes, on parle beaucoup d'élévation de fréquence, de hautes vibrations, de taux et de signatures vibratoires, en mélangeant souvent les termes comme s'ils étaient interchangeables. Remettons donc l'église au milieu du village : votre signature n'est pas une fréquence.

La vibration est le phénomène oscillatoire d'un objet autour de son point d'équilibre. Pensez à une corde de guitare que l'on pince : ce mouvement de la corde produit une vibration.

La fréquence est le rythme, la cadence, le battement de cette vibration — le nombre de cycles par unité de temps de ce phénomène périodique. Par exemple, 440 Hz correspondra à 440 oscillations par seconde. C'est la fréquence de la note LA. Si la corde vibre lentement, on obtient une note grave. Si elle vibre rapidement, la note sera aiguë. La même chose s'applique aux couleurs où des fréquences élevées produisent des couleurs froides et des fréquences basses des couleurs chaudes.

Pour finir, l'onde est le véhicule qui permet de propager vibration et fréquence à travers un milieu. 

Quant à l'amplitude, que beaucoup qualifient à tort de taux vibratoire, c'est la force de résonance. Plus vous pincez fort la corde, plus l'écart entre la valeur maximale et la valeur médiane sur l'échelle verticale sera important et produira un son puissant. Mais, le nombre de cycles par seconde sera inchangé car la corde vibrera toujours à la même vitesse (ou fréquence).

Et la signature vibratoire dans tout ça ?

C'est la structure ou le motif unique qui caractérise un individu ou une entité. Une empreinte énergétique unique. 

Cette signature demeure relativement stable. En revanche, les fréquences avec lesquelles elle entre en résonance peuvent varier selon l'état de l'individu, ses émotions, son environnement ou les influences auxquelles il est exposé. 

Les entités peuvent effectivement imiter la forme, la voix et même le comportement mais elles ne peuvent masquer ou falsifier leur signature vibratoire. C'est leur sceau, une empreinte subtile qui reste intacte et reconnaissable par ceux qui sont capables de la lire. 

C’est pourquoi il est essentiel de s’exercer à percevoir l’énergie qui se cache derrière les apparences et les formes. En matière de discernement, ne vous fiez ni à vos sens ni à vos impressions. 

Lire les signatures vibratoires s'apprend avec la pratique. Le secret de la perception pure repose sur trois principes de base :

1. La neutralité d'observation

Ne polarisez et ne vous attachez ni à la forme ni au discours. Intéressez-vous plutôt à la densité et la fluidité de l'ensemble.

2. La stabilité de la présence 

En maintenant une attention calme et sans attente, vous créez un alignement naturel, une cohérence intérieure qui agit comme un révélateur. Dès que la forme ou le discours sonne faux, cette cohérence est immédiatement rompue.

3. L'absence d'histoire 

Ne croyez rien, ignorez le décor, regardez la structure. Tout comme un logiciel reconnaît la signature d'un fichier peu importe son nom, votre présence reconnaît la qualité d'une conscience avant même que le mental n'ait analysé le discours.

Pour développer cette lecture, vous devez rester ancrés dans votre axe. En silence et en conscience. Là où l'esprit occupe tout l'espace pendant une micro-seconde, avant même que les émotions et les croyances injectées par la simulation ne génèrent d'impression. Le fameux éclair de lucidité.

Cette fulgurance peut, par exemple, vous faire distinguer une ombre fugace dans un regard, une dissonance furtive dans un rire, un glitch de tonalité dans une voix… 

Les masques bougent — la signature reste. 

⚠️ Note importante :

Cette vidéo est remise en ligne après avoir été retirée, il y a quelques mois. Je l'ai débarrassée de ses emprunts pourtant dûment sourcés et autorisés par leur auteur puis enrichie de mises au point importantes concernant la distinction fondamentale entre fréquence, vibration et taux vibratoire dont le flou est savamment entretenu par ceux dont cela sert le discours.

Prenez l'habitude dès maintenant de me suivre sur Crowdbunker (ou Odysee) car à partir du 1er septembre, je ne publierai plus sur les canaux qui imposeront la vérification d'âge. 

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On s'en fout ! Vraiment ?

Depuis quelque temps, je vois passer beaucoup de messages de personnes spirituelles ou supraconscientes qui postent sur les réseaux sociaux pour exprimer leur je-m'en-foutisme envers la matrice, ses scripts, leur personnage, leurs liens affectifs… tout en prônant la neutralité émotionnelle. 

Ces publications sont d'ailleurs généralement massivement plébiscitées par les internautes qui s'empressent de commenter qu'eux aussi n'en ont plus rien à faire.

Soit, c'est leur droit et c'est tant mieux, j'aurais envie de dire. 

Sauf que peu ou personne ne semble remarquer l'énorme paradoxe soulevé ici : si le détachement de la simulation est si total, d'où vient l'élan de publier quasi quotidiennement pour partager cet état d'être ? Ne serait-ce pas tout simplement une quête de validation ?

Autre point : se soucier de quelque chose ou choisir de l'ignorer n'a rien à voir avec la neutralité. Ce sont deux polarités issues d'un même concept : celui de l'attention. 

La dualité est le tissu même de cette matrice. On ne peut pas en faire abstraction. La neutralité ne consiste donc pas à changer de pôle ni à nier ce concept mais juste à maintenir tous les curseurs au milieu.

Parce qu'au fond, crier sur tous les toits qu'on s'en fout du film... ça reste une manière de jouer dedans, non ?

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Sauve qui peut !

Dans le milieu de la spiritualité et des courants dits supramentaux, il existe un piège redoutable qui consiste à substituer des manuels d'interdits vibratoires aux anciens dogmes religieux.

Sous prétexte de déprogrammation, certains gourous de la conscience imposent une austérité absolue. On nous enseigne à rejeter la nature parce qu’elle serait une illusion ; à couper la musique ; à bannir les films ; et même à s'interdire de dire « je t'aime » sous prétexte que l’amour n'existerait pas dans cette densité.

Mais regardez le résultat : au lieu de libérer l'humain, ce système crée des êtres froids, coupés du vivant, coincés dans une nouvelle cage conceptuelle. 

Cela me rappelle étrangement une chaîne évangéliste où des personnes témoignaient pour expliquer que tout était copyrighté par Satan : la musique, le yoga, le cinéma, l'art... et qu'il fallait s'en remettre à Jésus pour être sauvé.

Changez simplement les noms de Satan et Jésus par ceux des figures du Nouvel Age ou de la Supraconscience, et vous obtenez exactement le même scénario de récupération.

Car tant que l'humain ne s'appartiendra pas, des structures chercheront à le posséder en lui promettant de le libérer de son prédateur.

Mais en réalité, le combat entre le bien et le mal n'est que la version horizontale de la manipulation. Au-dessus de cette dualité se joue une version verticale : une véritable trialité;  un troisième acteur qui ne cherche plus à recycler les consciences indéfiniment, jusqu'à l'usure, sur la roue du Samsara, mais à se les approprier définitivement en leur vendant une sortie de secours artificielle.

N'oublions donc pas une chose : les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis mais de simples voleurs de cheptel. Et ce cheptel, c'est nous. Du moins tant que nous n'assumerons pas pleinement notre souveraineté.

La véritable souveraineté ne consiste pas à s'anesthésier face au monde, mais à y naviguer sans qu'il ne nous possède. L’Esprit, lui, ne fuit pas le décor, il le traverse.

On nous parle souvent de sortir des polarités, mais la chaleur et la froideur sont deux extrêmes d'un même axe. La colère et la haine demeurent des vibrations basses qu'elle soient chaudes ou froides. On ne devient pas neutre ou dépolarisé en devenant glacial ou rigide. On a juste poussé le curseur à l'opposé.

La centricité, ce n'est pas le vide ou l'anesthésie. C'est ramener tous les curseurs au milieu. C’est être capable d’observer le décor en toute neutralité, d’écouter en toute objectivité, et d’aimer en toute conscience, sans rigidité.

Les mots ne sont que des outils pour le mental, ils ne remplaceront jamais le message silencieux de votre propre esprit. Alors, ne changez pas simplement de prison. Faites le vide par le plein de présence et rendez ce silence assourdissant.

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La Recette parfaite

À chaque gros succès de librairie sa cohorte de copycats que les éditeurs s'empresseront d'accueillir à bras ouverts pour faire tourner les presses tant que le public est encore chaud. Surtout quand Hollywood récupère derrière. Ainsi, après la horde de sorciers et vampires issue des déferlantes Harry Potter et Twilight, c'est aujourd'hui au tour des thrillers domestiques fast-read, inspirés du bestseller planétaire de Freida McFadden, La Femme de ménage (lui aussi adapté au cinéma), de s'engouffrer dans la brèche ouverte par leur prédécesseuse.

La forme de flatterie la plus sincère n’est-elle pas l’imitation ?

La Menteuse, Sophie Stava (2025)

Une recette simple et efficace qui semble plutôt bien fonctionner. Peu importe l'énormité des ficelles pourvu qu'on ait le frisson. Si encore l'exercice apportait une quelconque valeur ajoutée au blueprint ; une touche d'originalité aux tropes ; un zeste de profondeur aux archétypes. Ce serait bien trop demander, le vite lu impliquant forcément le vite écrit. Du moins sur les cinq thrillers que j'ai ingurgités dernièrement — je sais, je n'ai pas pu m'en empêcher.

Mode d'emploi

Imaginez un modèle de roman prêt à l'emploi, à l'image des modèles d'illustration que proposent certains logiciels de conception graphique en ligne. Il suffirait de remplir les espaces réservés en piochant dans une liste de tropes prédéfinis : motifs, thèmes récurrents, situations types, dynamiques relationnelles, archétypes de personnages, schémas, procédés, conventions scénaristiques… Et hop, vous avez un bestseller que vous pourrez même décliner en suites (comme pour La Femme de ménage et Le Mariage parfait) pour doubler votre pactole et briller en haut des listes de la jungle amazonienne tant que les BookTokeurs vous auront à la bonne.

1. Présentation

Choisissez un titre simple, court, archétypal, assorti d'une phrase d'accroche un brin putaclic.

  • La Femme de ménage : « Elle connait tous vos secrets. Découvrez les siens. » (Freida McFadden, 2022)
  • La Menteuse : « Je suis ton amie. Mais peux-tu me faire confiance ? » (Sophie Stava, 2025)
  • La Serveuse : « Je l'observais. Mais c'est lui qui m'observait. » (K.L. Slater, 2024)
  • Le Mariage parfait : « Sa maîtresse a été assassinée. Sa femme est son seul espoir. » (Jeneva Rose, 2020)
  • Le Divorce parfait : « Jusqu'à ce que la mort nous sépare. La tienne, pas la mienne. » (Jeneva Rose, 2025)
  • Amitiés assassines : « Délicieusement méchant. » (Jeneva Rose, 2023)

Pour la couverture, jouez sur la sobriété et la symbolique : le trou d'une serrure, un gobelet en polystyrène, des alliances, un peigne et des ciseaux… le tout avec deux ou trois couleurs maximum.

2. Style

Écrivez de préférence au présent, à la première personne, et intercalez les points de vue de vos personnages. 

Même si l'idée de base n'est pas mauvaise, elle comporte néanmoins quelques écueils dès lors que le meurtrier participe lui-même au récit et qu'il faut alors occulter certains détails susceptibles de laisser deviner le retournement final. Et bien souvent, trop focalisés sur l'insertion de fausses pistes, les auteurs omettent de fournir également de réels indices ou certains détails psychologiques subtils. Et le lecteur attentif, qui ne pouvait évidemment rien voir venir (à moins d'avoir saisi les rouages sous-jacents), se sent invariablement trahi par l'effet deus ex machina tiré par les cheveux du dernier acte. Le cheveu sur la soupe. 

Bizarrement, dans La Serveuse, seul le personnage principal s'exprime à la première personne. Cela casse la fluidité du récit. Encore plus à l'oral où, en l'occurrence, la voix de la narratrice demeure la même, contrairement aux autres romans que j'ai pu écouter en version audio qui avaient recours à plusieurs comédiens.

Faites des phrases courtes comme pour un scénario ou un prompt. Oubliez les métaphores, les registres sémantiques, les tournures un peu littéraires : le lectorat cible risque de décrocher. Et puis, ce sera d'autant plus simple à adapter au cinéma ou à la télévision.

D'ailleurs, en passant, une série télé est prévue pour La Menteuse. Et Le Mariage parfait est en cours d'adaptation au grand écran.

3. Personnages

Vos protagonistes doivent impérativement se situer dans la même tranche d'âge que votre lectorat cible, à savoir autour de la trentaine bien installée. Ni trop avant, car beaucoup de tropes du genre comme le mariage, le patrimoine, la carrière, le divorce compliqué, le voisinage installé…  ne fonctionneraient pas ; ni trop après, car le propre de la culture du jeunisme consiste surtout  à piéger les consciences dans des bulles d'intemporalité illusoires qui finiront pourtant, tôt ou tard, par éclater à la surface. 

Le lecteur doit pouvoir se dire : « Ça pourrait être moi. » Ce qui est précisément le principe du thriller domestique : transformer le quotidien en source d'angoisse.

J’ai identifié les effluves de Chanel No 5, si classique, si prévisible. Ils vont avec la tenue monochrome qui souligne cette silhouette qu’elle entretient à merveille. Rien d’original dans son aspect : dès le premier regard, on sait tout ce qu’il y a à savoir sur la personne à qui on a affaire. Elle a des traits durs, admirablement redessinés par le chirurgien plasticien chez qui elle a ses habitudes. Il a des doigts de fée, cet homme, on peut en être certain, car seul un œil averti pourrait remarquer ses interventions. Les claquements des talons noirs Manolo Blahnik (jamais de Louboutin, le rouge est trop voyant !) ponctuent son entrée et clament sa présence.

Le Mariage parfait, Jeneva Rose (2020)

Introduisez du fantasme en insistant très lourdement sur le luxe et les apparences, plus importants que la profondeur des personnages. Ne lésinez pas sur le chic et choc et n'oubliez pas de rappeler combien les maris ou les amants sont hyper sexy. La faim justifie les moyens et les mœurs narcissiques ont besoin de l'entendre souvent.

Faites dans le caricatural : flics négligents, pas très fufutes ; légistes peu regardants, qui n'ont jamais entendu parler d'ADN ; enfants-objets qui font tout bien comme on leur demande...

4. Derniers conseils

Quand on dit la vérité — celle qui est barbante en tout cas —, les gens s’impatientent, leur regard se perd dans le vague à mesure que leur attention s’évapore. Au bout d’un moment, ils s’en rendent compte, se figent en marmonnant, penauds : « Qu’est-ce qu’on disait, déjà ? » Et ils tentent maladroitement de feindre l’intérêt.

La Menteuse, Sophie Stava (2025)

Une fois tous les ingrédients ajoutés, répartissez-les dans le moule et veillez à bien retourner en fin de cuisson. Si le mélange s'avère trop compact, diluez en incorporant des éléments de description inutiles. 

N'hésitez pas, non plus, à répéter les faits du point de vue des autres protagonistes. Ça donne l'impression qu'il y a des indices cachés et ça vous évitera aussi d'avoir à en trouver.

L'éthique est toc

Le persécuteur oublie toujours qu'il a persécuté. La victime n'oublie jamais ce qu'on lui a fait subir.

Amitiés assassines, Jeneva Rose (2023)

Comme je le soulignais dans un précédent article consacré à Freida McFadden, « le plus dérangeant, c'est certainement l'ambiguïté morale de tous ses personnages qui tend à normaliser les troubles borderline et la manipulation comme mode relationnel standard. » Et le trope « tous psychopathes » (ou « borderline ») se retrouve systématiquement, à différents degrés, dans toutes les œuvres précitées. Tout particulièrement chez Jeneva Rose qui semble prendre un malin plaisir à laisser triompher l'éthique déviante en toute impunité.

N'oubliez donc pas de mettre manipulateurs et psychopathes à l'honneur. Après tout, il faut bien contribuer à déplacer la fenêtre d'Overton en faveur d'une société de prédation totalement déshumanisée, gérée par l'intelligence ahrimanienne comme le prophétisait Rudolf Steiner. D'aucuns la qualifient plutôt d'« alternative », mais de quelle alternative parle-t-on au juste ?

Ce menteur, ce tricheur qui a tenté de ruiner ma vie. Tout est fini pour lui. Pour moi, ce n'est que le début.

La Serveuse, K.L. Slater (2024)

Finalement, si ce genre de roman plaît autant, c'est surtout parce que l'âme s'ennuie dans son quotidien répétitif anesthésiant et aspire à éprouver les frissons du danger et de l'imprévu sans conséquences. Saturés d'informations, nous n'avons plus envie de réfléchir car tout nous ramène à ce monde anxiogène. Alors nous aimons nous raconter des histoires et ces histoires se racontent à nous. Et la peur par procuration nous permet finalement de relativiser et d'exorciser nos angoisses. 

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Je suis le Morse

Bienvenue en Absurdistan ! Vous vous égarerez dans ses dédales de contradictions et vous noierez dans la confusion en tentant de lui trouver un semblant de sens. Le bon sens n'est pas simplement mort, sacrifié sur l'autel de la perversion narcissique et de la sociopathie patentée, c'est toute la sémantique qui a passé l'arme à gauche — et tous les organes sensoriels. Tous les sens, au propre comme au figuré (et très salement), ont trépassé. L'essence, quant à elle, a pris un sacré coup de plomb dans l'aile et se négocie aujourd'hui à prix d'or. Reste le silence, indétrônable et non négociable, quand tout part à vau-l'eau.

C'est pourquoi je laisse la parole, cette semaine, à feu John Lennon, auteur de ce texte satirique à souhait, écrit dans l'intention de se moquer et confondre les érudits de l'époque (les « crânes d'œuf ») qui déjà cherchaient désespérément des sens cachés, des messages occultes et des structures mystiques dans les chansons des Beatles, là où il n'y avait qu'un assemblage absurde de phrases sans queue ni tête (humour anglais à la Monty Python). Ce qui n'a pas empêché "I Am the Walrus" d'être tout à la fois numéro 1 et interdit d'antenne au Royaume-Uni pour la phrase « T'as été vilaine, t'as baissé ta culotte ». Quand je vous dit et répète que ça fait des siècles que l'hôpital n'arrête pas de se foutre de la charité !

Dans ce texte savoureux que j'ai pris un très grand soin à traduire au mieux pour vous, en respectant le niveau de langue caustique de Lennon, on retrouve, pèle-mêle et entre autres, des références au poème de Lewis Carroll,  "Le Morse et le Charpentier" (« Je suis le Morse gou gou g'joub ») ; à "Lucy in the Sky with Diamonds", un autre morceau très controversé des Beatles (« Regardez-les planer comme Lucie dans les cieux ») ; à La Ferme des animaux de George Orwell (« Regardez-les sourire comme des porcs dans leur enclos ») ; à Edgar Allan Poe (« T'aurais dû les voir virer Edgar Allan Poe à coup de pompes dans le cul ») ; et au mysticisme hindou, bac à sable spirituel en vogue de l'époque hippie (« Hare Krishna »).

Certes, en 1967, les Beatles étaient à fond dans leur trip psychédélique orientalisant mais Lennon n'était pas encore totalement investi auprès du Maharishi Mahesh Yogi, ce qui peut expliquer son ton ironique envers tout phénomène de mode et le conformisme complaisant qui répète son mantra — autrement dit, l'exact inverse de « l'éveil ». 

Quant à Poe, il symbolise ici moins l'auteur de récits fantastiques que le créateur iconoclaste et satirique, longtemps méprisé par les critiques et les gardiens du bon goût. Lennon semble l'utiliser comme figure du génie que les « experts ès texte » préfèrent expulser plutôt que comprendre.

Ainsi, dans les deux derniers couplets, il tire sur tout le monde : les pseudo-intellos (« Hé, les experts ès textes ») ; lui-même, en se posant en bouffon fouteur de merde qui ne se prend pas au sérieux (« le Joker se fout de votre gueule ») ; et les pseudo-spirituels (« Pingouin du primaire scandant Hare Krishna »). Le pingouin n'est d'ailleurs pas sans évoquer un smoking et la mention du fameux mantra rend l'ensemble très comique. Tout comme l'image grotesque des « sardines panées en train d'escalader la tour Eiffel ». Tout est bon pour ascensionner au social comme au spirituel. La bien-pensance, en état de déstructuration avancée, dégouline comme une « espèce de crème anglaise jaunâtre ».

Ce qui est intéressant, c'est que Lennon ne construit pas un récit. Il aligne des archétypes grotesques comme dans un collage dadaïste. La cohérence ne vient pas de chaque image isolée, mais du climat général : un monde où les figures d'autorité, les intellectuels, les policiers, les gourous, les institutions et les symboles prestigieux sont tous ramenés au même niveau de farce. C'est probablement là que réside le fil conducteur le plus solide de la chanson.

Pour finir, signalons ce génial pied de nez sous forme d'interlude au climat britannique : « Si le soleil ne vient pas, tu bronzeras debout sous la pluie anglaise ». 

Pas en 2026, en tout cas !

I Am the Walrus

Je suis lui, tu es lui, tu es moi,
Et on est tous un.
Regarde-les s'enfuir comme des porcs devant un flingue.
Regarde-les détaler, c'est à pleurer.

Calé sur un cornflake,
Guettant le passage de la fourgonnette,
T-shirt d'entreprise,
Putain de mardi de merde,
T'as pas su te tenir,
T'as tiré la tronche.

Je suis le crâne d'œuf (Oh).
Ils sont les crânes d'œuf (Oh).
Je suis le Morse...
Gou gou g'joub

M'sieur le gardien de la paix tout bien calé,
P'tits agents bien alignés,
Regarde-les planer comme Lucie dans les cieux.
Regarde-les détaler, c'est à pleurer.

C'est à pleurer… à  pleurer… à pleurer…

Espèce de crème anglaise jaunâtre
Dégoulinant de l'œil d'un chien crevé,
Crabalocker, poissonnière,
Prêtresse du porno,
T'as été vilaine,
T'as baissé ta culotte.

Je suis le crâne d'œuf (Oh).
Ils sont les crânes d'œuf (Oh).
Je suis le Morse...
Gou gou g'joub

Assis dans un jardin anglais,
Attendant que le soleil se pointe.
S'il ne vient pas, tu bronzeras
Debout sous la pluie anglaise.

Je suis le crâne d'œuf (Oh).
Ils sont les crânes d'œuf (Oh).
Je suis le Morse...
Gou gou g'joub

Hé, les experts ès textes qui vous étouffez dans votre propre fumée,
Vous ne croyez pas que le Joker se fout de votre gueule ?
Regarde-les sourire comme des porcs dans leur enclos.
Regarde-les ricaner, c'est à pleurer.

Hé, sardines panées en train d'escalader la tour Eiffel,
Pingouins du primaire scandant Hare Krishna,
T'aurais dû les voir virer Edgar Allan Poe
À coup de pompes dans le cul.

Je suis le crâne d'œuf (Oh).
Ils sont les crânes d'œuf (Oh).
Je suis le Morse...
Gou gou g'joub
Gou gou g'joub
Gou gou g'joub
Gou gou g'joub

John Lennon, 1967

© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

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L'Odyssée des bacs à sable

Surfant sur la trame du vague à l'âme
Le Marchand de sable sème ses fables
Aux portes du sommeil, sa nuit ne porte conseil
Qu'au rêveur lucide qui seul décide
De se souvenir avant de s'endormir

"Âme mnésique", La Pensine Mutine (2025)

Cette petite fille sur la plage, avec son seau et sa pelle rouges, c'est réellement moi1 au tout début de ce tour de sablier. Je ne suis certes devenue ni architecte ni bâtisseuse, mais j'ai écumé pas mal de bacs à sable. Sans toutefois jamais m'y enliser. Et ce n'est pas faute d'avoir arpenté mon lot de sables mouvants. Il faut croire que j'ai le pied plus leste que céleste. Ou bien un pare-feu mental qui fonctionne. Allez donc savoir !

Le Marchand de sable

Monsieur le Marchand de sable,
Accordez-moi un rêve
Faites-en le plus adorable qui soit
Dites-lui que je ne suis pas volage
Et que c'en est terminé de ses nuits en solitaire

"Mr. Sandman", The Chordettes (1954)

Un bac à sable est avant tout un espace ludique pour les enfants. Mais en sport mécanique, c'est une échappatoire disposée à l'extérieur d'un virage sur un circuit. Par extension, c'est aussi une zone d'essai : un mécanisme de sécurité informatique se basant sur l'isolation de composants logiciels qui pourraient potentiellement compromettre le système.

Les militaires utilisent également des bacs à sable pour reproduire, à l'échelle, un paysage comportant la topographie d'un terrain, en vue de préparer une manœuvre ou une offensive.

En supraconscience2, ce sont des champs conceptuels instaurés par les architectes de cette matrice pour piéger et compartimenter les individus dans des quêtes stériles et illusoires. Leur but est de retarder, voire annihiler, l'émancipation de la conscience humaine afin de se nourrir de notre fluide émotionnel (loosh) à perpétuité. Ces bacs à sable (religions, spiritualités, idéologies, philosophies, ésotérisme, addictions, fanatisme, etc.) servent ainsi à étouffer l'impression (réelle) de tourner en rond et à fournir un semblant de sens aux âmes prisonnières jusqu'à leur prochain recyclage.

L'Émissaire de rêves

Ne dors que d'un œil
En t'agrippant très fort à ton oreiller.
Exit la lumière.
Entre la nuit.
Attrape ma main,
On part pour le Pays imaginaire.

"Enter Sandman", Metallica (1991)

Nous passons tous par ces fameux bacs à sable et nous y bâtissons tous des châteaux en Espagne que nous reconstruisons inlassablement au fil des violents ressacs qui viennent pulvériser l'édifice, où le Réel s'engouffre parfois, le temps d'un éclair fugace, à travers la voûte opaque de notre conscience anesthésiée. Certains y végètent des vies entières. D'aucuns passent de l'un à l'autre comme on joue à saute-mouton, affinant, à chaque étape, leur discernement comme si, instinctivement, ils savaient qu'une cible mouvante est beaucoup plus difficile à atteindre.

Parmi ces isoloirs matriciels, certains s'avèrent beaucoup plus dangereux que d'autres parce qu'ils peuvent piéger une conscience à jamais et non juste le temps d'un tour de sablier. Ce sont tous ceux qui ont trait à l'occultisme, au monde de l'invisible, aux spiritualités… car ils impliquent bien plus qu'un simple vampirisme énergétique. Vendre son âme, c'est surfait. De nos jours, on la cède volontiers au choléra pour échapper à la peste.

Et ce n'est pas par bêtise ou ignorance car tout est vrai. Ou presque. Puisque c'est dans les détails que se cache le diable. Ou l'Autre. Mais notre myopie vibratoire nous empêche de distinguer les petits caractères au bas des pages. Sans oublier notre surdité sélective qui nous fait ignorer les alarmes qui se déclenchent à l'introduction furtive de chaque engramme3.

Le casse du siècle

Pourquoi je me retrouve au point de départ ?
Pourquoi je me retrouve là où j'ai fait fausse route ?
Je ne me laisserai plus jamais distraire,
Tu déroules la ligne et puis tu coupes le fil.

"15 Steps", Radiohead (2003)

Mais la peur de nous retrouver seuls et sans repères nous fait nous enfoncer la tête toujours plus profondément dans le sable malgré la dissonance cognitive qui ne cesse de croître à mesure que nos lignes de codes sont réécrites.

« Vous êtes programmés pour rejeter d’instinct ce qui pourrait vous libérer. » Un tord-neurones des plus retords qui nous invite tout bonnement à abandonner tout discernement viscéral au profit d'un messager non pas du Réel mais du Reel (sans accent), qui en anglais désigne une bobine de film, un enrouleur, un moulinet — et par extension une boucle. Le terme embobiner prend ici tout son sens. Et plus encore.

Le perceur d'âme 2.0 ne cherche plus à fracturer le coffre de l'extérieur mais plutôt à changer les serrures de l'intérieur en fournissant lui-même les codes d'accès pour la « sortie ». Ce faisant, il introduit des portes dérobées qui lui permettent de verrouiller tout autre point d'entrée et de réécrire tranquillement les codes à l'insu de son hôte. Le parfait cheval de Troie4 .

Mur archontique vs portail ahrimanien ?

Avec quoi allons-nous combler les espaces vides
Où nous avions l'habitude de discuter ?
Comment vais-je remplir les derniers restants ?
Comment vais-je achever le mur ?

"Empty Spaces", Pink Floyd (1979)

Les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis. C'est ce que le rêveur lucide ne tarde pas à découvrir en s'engouffrant dans la branche cybernétique uranienne. 

L'occultiste Rudolf Steiner entrevoyait, pour le début du millénaire, l'incarnation d'un mal sous l'aspect d'un intellect pur, froid, coupant l'homme de son cœur, transformant la pensée humaine « en une sorte d'ordinateur programmé » (il s'agit bien sûr d'une extrapolation de ses propos pour les adapter à notre cadre actuel). C'est en tout cas l'attitude que prônent les partisans du « bon » transhumanisme (non archontique) et de l'alliance carbone-sillicium de l'ère du verso.

Les ressorts des dynamiques d'emprise sont toujours sensiblement les mêmes que ceux du recto : la création d'une menace omniprésente (le diable, l'astral, les aliens…) qui engendre une vigilance constante et une méfiance vis à vis du monde extérieur et de ses propres élans ; l'injonction de rupture avec les anciennes pratiques et croyances pour le salut de l'âme, son ascension en 5D ou sa sortie de la roue du Samsara ; le transfert de l'autorité de l'individu, isolé de tous ses repères, vers une figure de libération qui selon les bacs à sable, vous sauve, vous guide ou vous éclaire.

Yeshua, Ashtar, Saint-Germain, l'Ajusteur, l'Archipel… peu importe le nom, la fonction est toujours identique : constituer le seul point de référence « fiable », tout le reste étant stigmatisé, diabolisé, étiqueté « portail organique », « agent du système », voire même « nihiliste » pour certains.

Le tout avec candeur et bienveillance condescendante. On n'appâte pas les mouches avec du vinaigre mais avec des vérités savamment distillées dans un jargon de pointe et une dose homéopathique de récits invérifiables, détournés pour servir le narratif. C'est tout un art qui dépasse l'intelligence humaine. 

En outre, derrière la quête d'attention pour nourrir les egos spirituels massifs de ces tenanciers (humains) de bac à sable, se cache bien souvent (pour ne pas dire toujours) un business florissant qui se défend bien entendu de l'être. Là où d'aucuns sont de bonne foi et relativement transparents sur la question, d'autres, par contre, le sont beaucoup moins et s'avèrent même carrément malhonnêtes.

Abattez le mur !

J'ai vu les signes avant-coureurs.
Je ne crois pas avoir besoin de quoi que ce soit.
Au final, tout ça n'était que des briques dans le mur.

"Another Brick in the Wall, Pt. 3", Pink Floyd (1979)

Au fond, nous n'avons jamais été vraiment coupés de notre esprit que par les briques de croyances que nous érigeons tout autour. Que ce soit par la pensée induite par l'astral ou les enseignements de faux souverains exilés de leur royaume et en mal se sujets à régenter, nous n'avons pas besoin de nourrir ces fables pour trouver nous-mêmes la sortie. 

Notes et références

  1. ^ Collage numérique à l'ancienne (sans IA) réalisé par mes soins à partir de deux vraies photos.
  2. ^ Supraconscience : Qui appartient à une conscience qui transcende l'ordre de l'humain. La Science de l'Esprit selon Rudolf Steiner. Terme figurant dans de nombreux dictionnaires qui ne saurait être ni copyrighté ni marabouté.
  3. ^ En neurophysiologie, l'engramme est la trace biologique de la mémoire (trace ou artefact mnémonique) dans le cerveau. Par son activité, à la suite de divers stimuli, le processus mnémonique produit une construction en (re)structurant les informations en connaissances, pour aboutir à des concepts programmables en (ré)action(s) plus ou moins appropriées.
  4. ^ Un cheval de Troie est un type de logiciel malveillant, qui ne doit pas être confondu avec les virus ou les vers. Le cheval de Troie est un logiciel en apparence légitime, mais qui contient une fonctionnalité malveillante. Son but est de faire entrer cette fonctionnalité malveillante sur l'ordinateur et de l'installer à l'insu de l'utilisateur.

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La Passe-Miroir

Il y a treize ans, je posais les yeux sur la première page des Fiancés de l'hiver, après des semaines d'hésitation tant le titre m'évoquait davantage une romance que la plus fabuleuse œuvre de fantasy depuis Harry Potter et À la croisée des mondes. Made in France de surcroît. La petite histoire derrière la tétralogie de la Passe-Miroir, vous la connaissez déjà puisque je vous en ai parlé à maintes reprises — notamment en 2017 et plus récemment en 2024, à l'occasion d'une longue interview avec Christelle Dabos, son autrice.

Aujourd'hui, la Passe-Miroir — vendue à plus d'1,3 million d'exemplaires et traduite en une vingtaine de langues — fait de nouveau l'actualité dans toutes les librairies francophones avec la sortie de l'adaptation BD, très fidèle et réussie, du premier tome illustré par Vanyda et que je vous laisse découvrir avec la petite bande-annonce ci-dessus, réalisée par mes soins.

Christelle Dabos, 2013 - Gallimard Jeunesse - 3437 pages

Ce fut, pour moi, l'occasion de me replonger dans cet univers que je n'avais pas revisité depuis la parution du dernier tome, en 2019. Et de le redécouvrir avec une perspective toute nouvelle : celle de la Conscience du Réel.

Le Dieu « menacé »

Au commencement, nous étions un.
Mais Dieu nous jugeait impropres à le satisfaire ainsi, alors Dieu s’est mis à nous diviser. Dieu s’amusait beaucoup avec nous, puis Dieu se lassait et nous oubliait. Dieu pouvait être si cruel dans son indifférence qu’il m’épouvantait. Dieu savait se montrer doux, aussi, et je l’ai aimé comme je n’ai jamais aimé personne. […]
Et un jour, où Dieu se sentait de très mauvaise humeur, il a fait une énorme bêtise.
Dieu a brisé le monde en morceaux.

En observant l'œuvre de Christelle Dabos, on ne voit pas seulement une fiction fantastique, on voit une cartographie des forces qui régissent notre propre monde : la fragmentation de la mémoire, le contrôle par l'image (les Mirages) et la peur d'un créateur face à sa création qui s'éveille.

Ainsi, dans l'Ancien Testament qu'elle évoque en interview, on ne voit pas un père aimant, mais une entité (le Démiurge/Samael/Yaldabaoth) qui craint que l'homme ne devienne son égal. 

« Mes parents ne sont pas pratiquants, mais en terminale j’ai lu la Bible et ça m’a traumatisée : j’ai découvert un dieu effrayant et jaloux », explique-t-elle. « Je me suis dit, là en fait, on parle d'un Dieu qui se sent menacé par les hommes.  »

Avec les esprits de famille, semblables à des demi-dieux, et le créateur des arches, son imagination a capté l'essence de l'Inversion — ceci dit, sans nécessairement en avoir pleinement conscience.

À noter que les arches, souvent mentionnées dans les textes religieux, sont en fait partout dans la simulation et constituent autant de seuils de recalibrage de champ destinés à réaligner les trajectoires des avatars dans le script matriciel. Leur nombre n'est pas non plus anodin : en comptant le noyau central, les 21 arches principales rejoignent les 22 arcanes du tarot et les 22 lettres hébraïques de la kabbale — les fameux Principes du Verbe ou codes sur lesquels repose cette conception.

L'oubli comme pierre d'achoppement

Ce n’était pas entièrement sa faute, néanmoins, si Artémis avait si peu de mémoire. Rien ne se fixait durablement dans son esprit, les événements lui coulaient dessus sans persister. Cette prédisposition à l’oubli était sans doute la contrepartie de son immortalité, une soupape de sûreté pour ne pas sombrer dans la folie ou le désespoir. Artémis ne se connaissait pas de passé ; elle vivait dans un éternel présent. Nul ne savait ce qu’était sa vie avant de fonder sa propre dynastie sur Anima, plusieurs siècles en arrière. Pour la famille, elle était là, elle avait toujours été là, elle serait toujours là.
Et il en allait ainsi pour chaque arche et pour chaque esprit de famille.

À l'image du cycle réincarnationnel (la roue du Samsara) et du passage par le fameux « voile de l'oubli », la mémoire apparaît comme l'enjeu central de la Passe-Miroir

Parfois, même, subsistent des traces mnésiques, insaisissables — sous forme d'impressions floues ou de bribes — fragments résiduels de souvenirs mal effacés, qui, chez certains comme les esprits de famille, deviennent obsessionnels car témoins de leur identité réelle. 

Une obsession que l'autrice avoue elle-même partager : « Je ne sais pas pourquoi ça m'obsède à ce point-là. Dans tout ce que j'écris, soit il y a des zones dans la mémoire personnelle, des souvenirs qui ont été refoulés et qui à un moment donné vont resurgir dans le récit et apporter une information importante ; soit c'est vraiment de la mémoire collective où là, il y a des volontés, effectivement, avec de la censure, de la manipulation, de dire on va réécrire l'histoire un peu différemment. Les gens ne sont pas obligés de tout savoir. Donc ça, ça me me titille mais pourquoi à ce point ? Qu'est-ce qui a déclenché ça ? »

Pourquoi ça la titille à ce point ? Peut-être parce qu'il s'agit, en réalité, d'un appel de l'Esprit à reconnecter les strates perdues du Soi morcelé. Son incompréhension est très révélatrice : c'est l'Esprit qui pousse et l'ego (l'âme) qui ne comprend pas.

Un monde façonné par les illusions et les faux semblants

Il n’y avait eu aucune transition avec le décor précédent, c’était étourdissant. L’ambassadeur s’esclaffa en remarquant la mine ahurie d’Ophélie qui écarquillait les yeux derrière ses lunettes noires.
— Précisément ce que je vous disais, le vernis sur la crasse ! Les illusions traînent un peu partout dans le coin. Ce n’est pas toujours très cohérent, mais vous vous y ferez vite. (Il poussa un soupir désabusé.) Des cache-misère ! Sauver les apparences, c’est en quelque sorte le rôle attitré des Mirages.
Ophélie se demanda si c’était par esprit de provocation qu’il portait lui-même des habits de clochard.

Il y aurait tant à dire sur les différents clans rivaux qui se disputent le pouvoir à la Citacielle — la citadelle flottante où siège Farouk, l'Esprit de famille de l'arche du Pôle. Tous participent, à leur manière, aux mécanismes de contrôle en usant de leur force mentale pour manipuler la matière et façonner la réalité. 

Les trois plus puissants sont les Dragons (la force brutale animale), la Toile (l'esprit de ruche), et les Mirages (les faiseurs d'illusions).

Les premiers agissent directement sur le système nerveux : si le cerveau est convaincu par l'agression, le corps matérialise la blessure (douleurs, fractures). Les seconds sont comme le fameux « Œil qui voit tout » (l'Adonaï) et sont tous reliés les uns aux autres ; ils n'ont, par conséquent, aucune intimité dans leur espace mental. 

© Vanyda

Quant aux derniers, les Mirages, ce sont sans doute les pires et les plus dangereux car leur pouvoir hypnotique leur permet de falsifier les strates de la réalité et manipuler les pensées. Tout comme les archontes, ce sont des parasites mentaux qui peuvent aussi travestir leur apparence à volonté. Comme l'explique Berenilde à Ophélie, on ne se tire de ces strates que « de l'intérieur » et seul un mental fort peut permettre de s'extirper de leur emprise.

Il existe toutefois des individus capables de percer à jour leurs illusions et les neutraliser : les Nihilistes. À l'instar des êtres supraconscients, ces êtres bannis de la Citacielle peuvent annuler les codes matriciels (programmations) et déceler la véritable nature de chacun par l'identification de sa signature vibratoire. Leur immunité aux illusions leur permet également de passer sous les radars archontiques en agissant en coulisses plutôt que sur les devants de la scène. Fait intéressant :  leur supravision leur vient de l'œil gauche — l'œil de l'Esprit dont est privé Yalddabaoth, le dieu aveugle.

Au-delà du miroir aux oubliettes

Lire un objet, ça demande de s’oublier un peu pour laisser la place au passé d’un autre. Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. Il faut des tripes, t’sais, pour se regarder droit dans les mirettes, se voir tel qu’on est, plonger dans son propre reflet. Ceux qui se voilent la face, ceux qui se mentent à eux-mêmes, ceux qui se voient mieux qu’ils sont, ils pourront jamais.

Dans toutes les traditions occultes, le miroir est un symbole puissant et agit comme un portail organique vers le plan astral. Ce n'est pas pour rien si dans la série, traverser un miroir demande de « se confronter à soi-même ».

Il s'agit d'une forme de passage au-delà des apparences et des reflets trompeurs de la matrice. L'Esprit qui sort du miroir n'est plus soumis à la réflexion archontique. Contrairement à l'ego, il ne se mire pas, il franchit le seuil.

Ainsi, au-delà du conte, Christelle Dabos révèle une réalité occulte brutale : nous vivons dans un monde inversé où l'écho (l'illusion, l'ego) a pris la place de l'original. L'héroïne découvre que ce qu'elle croyait être sa « vie » n'était qu'un code écrit, un scénario appliqué à la perfection par un reflet qui a fini par se croire réel. Traverser le miroir n'est alors plus un voyage, mais une déprogrammation.

La Passe-Miroir n'est donc pas juste une fiction, mais une invitation à observer les reflets et les mécanismes de notre propre « monde brisé ». 

C'est aussi le propre de la Conscience du Réel qui consiste à voir ces rouages, même là où ils sont présentés comme du merveilleux.

© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

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