Le « méchant » en cavale Danse avec l'ennemi Mais ça ne change pas grand chose Car il n'y a nulle part où fuir, Nulle part où se cacher. C'est l'appel du destin. Tu brilles comme une étoile, c’est une évidence. Je m'enfuierais si tu venais avec moi.
La vie est censée être faite de choix Pour ceux qui savent se faire entendre Mais ça ne change pas grand chose Car quand tu descends dans la rue, Et qu'ils font grimper la pression, Tu sais que leur plan fonctionne. On est à deux doigts de la catastrophe. Je m'enfuierais si tu venais avec moi.
Car il n'y a nulle part où fuir Et nulle part où se cacher. C'est l'appel du destin. Tu brilles comme une étoile, c’est une évidence. Je m'enfuierais si tu venais avec moi.
Car il n'y a nulle part où fuir, Nulle part où se cacher. C'est l'appel du destin. Tu brilles comme une étoile, c’est une évidence. Je m'enfuierais si tu venais avec moi.
Dans
2025, l'odyssée des pages, je vous présentais la trilogie Caraval de l'américaine
Stephanie Garber publiée en 2017. Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'une
autre trilogie (de la même autrice) qui lui fait suite et que j'ai également
pris beaucoup de plaisir à lire. Parue en 2021,
Il était une fois un cœur brisé se déroule dans le même univers
fantastique mais se concentre sur le destin d'une nouvelle protagoniste, très
fleur bleue, dont le sens du discernement est exponentiellement inverse à son
instinct de sauveuse hypertrophié — lequel relève davantage de l'inconscience
compulsive que de l'héroïsme assumé et semble lui attirer tous les
psychopathes de la terre. Parmi eux, le très « borderline » Jacks, alias le
Prince de Cœur, déjà présent dans les deux derniers tomes de
Caraval, et qui devient ici la figure centrale magnétique de la série.
Quand les contes de fées tournent au vinaigre
Alors que l'histoire précédente se terminait sur un triomphe et une
résolution, celle-ci démarre sur un ton résolument plus sombre et ambigu.
Stephanie Garber explique qu'en réalité, elle avait envie de raconter un conte
de fée en y ajoutant un élément de crime : «
Je pensais que ce serait amusant qu'une jeune fille résolve un meurtre tout
en tombant amoureuse de la personne qu'elle soupçonnait en être l'auteur
» dit elle.
Évangéline Fox — dont le nom aurait logiquement dû être traduit en «
Renard » pour les besoins de l'intrigue — est un peu comme Cendrillon :
orpheline, malmenée par une belle-mère cupide, et jalousée en secret par la
fille de cette dernière. Naïve à la limite du caricatural, elle entretient une
foi quasi-religieuse en l'existence des âmes sœurs, flammes jumelles, et
autres mythes matriciels bien tenaces et piégeants comme l'Amour toujours avec
un grand A. C'est donc l'effondrement lorsque, du jour au lendemain, elle
découvre que son bien-aimé, pourtant si amoureux, s'apprête à épouser sa
demi-sœur.
Évangéline avait un don dès qu’il s’agissait de croire aux choses que les
autres considéraient comme des mythes – les Fatalités immortelles, par
exemple. Elle poussa la grille métallique. La porte elle-même était
dépourvue de poignée, forçant la jeune fille à insérer ses doigts dans le
minuscule interstice séparant son bord dentelé de la pierre noircie du mur.
Le battant lui pinça les doigts, faisant jaillir une goutte de sang.
Évangéline jura avoir entendu la voix brisée de la porte : savez-vous où
vous mettez les pieds ? Il ne vous arrivera rien de bon. Vous en sortirez le
cœur brisé. Mais son cœur était déjà brisé. Et elle mesurait les risques
encourus. Elle connaissait les règles quand on visitait les églises des
Fatalités.
Désespérée, elle conclut un marché avec le charismatique Prince de Cœur pour
empêcher le mariage. Mais comme le veut le célèbre adage qui met en garde
contre les souhaits, aussitôt exaucé, elle regrette son vœu. Heureusement,
rien n'est jamais figé pour toujours dans le roc — pas même elle. Hormis le
fait que rien n'est jamais gratuit non plus et que la seconde chance qui lui
est offerte de repartir à zéro s'avère bien vite être un cadeau empoisonné aux
saveurs aigres-douces.
À l'instar du baiser mortel de Jacks le maudit dont le cœur a cessé de battre
comme révélé dans Caraval. Car même si le cœur brisé du titre fait officiellement référence à
Évangéline, il semblerait que celui de Jacks ait subi bien plus de dommages
encore — et qui ont fait de lui une Fatalité — même si l'autrice demeure assez
vague quant aux circonstances.
Stephanie Garber, 2021 - De Saxus - 1101 pages
Jusqu'où seriez-vous prêts à aller pour atteindre un bonheur éternel ?
Cette question, en ouverture du quatrième de couverture, résume à elle-seule
l'enjeu principal de la série et en appelle plusieurs autres : qu'est-ce que
le bonheur ? Qu'est-ce que l'éternité ? Et surtout pourquoi vouloir enfermer
ainsi l'essence même de la vie — censée être le mouvement, l'impermanence —
dans un état figé ?
Jacks est devenu immortel, on ne sait trop comment, suite à un drame amoureux
lié à un maléfice dont il a été victime. Son cœur ne bat plus mais il a le
pouvoir d'affecter celui des mortels. La malédiction qui a fait de lui une
Fatalité n'est pas seulement affective, elle est ontologique. Le cœur est,
rappelons-le, occultement parlant le symbole du
noyau d'âme.
Cette symbolique du cœur est toujours très présente dans les contes de fée. On
pense notamment à celui de Blanche-Neige que la méchante reine avait ordonné
au chasseur lancé à ses trousses de lui rapporter. Le cœur participe au
mécanisme de captation. C'est un vecteur de mémoires et d'énergie vitale.
L’immortalité dans cette série est vampirique. Elle exige un prélèvement. Il
est même question d'un arbre-vampire : «
Quiconque est assez intelligent pour localiser l’arbre et assez courageux
pour boire son sang devient immortel
». Au prix du sacrifice de la personne qu'on aime le plus. Mais la fin semble
justifier les moyens. Même dans les contes.
Et au vu de tous les coups bas, maléfices lancés et autres tentatives de
meurtres échouées (ou réussies), la quête de l'immortalité n'a rien de
glorieux et rend carrément fou. Elle enferme dans des boucles et schémas sans
fin dans lesquels la blessure originelle est rejouée à l'infini. Même lorsque
la mémoire est altérée ou fragmentée, quelque chose persiste. Les trajectoires
semblent se répéter. L'oubli n'efface pas la blessure : il la rend simplement
plus opaque.
Ce que Jacks n'a pas dit
Si le cœur est un vecteur de mémoires et d’énergie vitale, Jacks en devient
l’anomalie parfaite. Il ne possède plus le sien — du moins plus comme les
autres — et pourtant il agit sur celui des autres. Il ne transmet pas
seulement un désir ou une illusion : il réactive des blessures, des attentes,
des héritages invisibles.
Jacks est sans doute l’un des personnages les plus réussis de Stephanie
Garber. Il n'est pas sans rappeler un certain Archibald dans
la Passe-Miroirde Christelle Dabos. En plus sombre et plus complexe.
Ce qui le rend fascinant, c’est que son apparente cruauté n’est pas gratuite
comme son comportement pouvait donner à croire dans
Caraval. Elle découle d’un mécanisme plus ancien. Il n’est pas
seulement ambigu, il est le produit d’un système qui transforme les blessures
en fonctions. L'archétype du tentateur lié au fruit défendu — les fameuses
pommes blanches emblématiques au jus rouge sang qu'il croque en toute
circonstance.
Il n’est pas seulement un séducteur tragique. Il est le point de
cristallisation d’une mémoire qui dépasse les individus. Son apparente
désinvolture tient davantage de l’armure que de l’indifférence. Lorsque l’on
est condamné à survivre à ceux que l’on aime, l’attachement devient un risque.
Aimer un mortel, pour un immortel, c’est accepter de perdre à tous les
coups.
Jacks ne joue pas avec les cœurs par cruauté. Il se protège d’un monde où
toute promesse a une date d’expiration. À force de vouloir éviter la blessure,
il la reproduit. Et c’est sans doute là la véritable malédiction : celle qui
le voue à tuer toute femme qu’il embrasse si elle n’est pas son amour
véritable.
« Chaque histoire possède un potentiel infini de fins »
Dès lors, une question s’impose : les personnages de cette série
choisissent-ils réellement leurs actes, ou ne font-ils que rejouer des
trajectoires déjà tracées ?
Entre malédictions, prophéties et sortilèges de divulgation — qui empêchent
même de dire la vérité — la parole elle-même semble sous contrôle.
Les Valor, première famille royale du Grand Nord Magnifique, avaient conçu
cette arche comme le passage vers un lieu appelé la Valory. Personne ne savait
ce qu’elle recelait, car les contes du Nord n’étaient pas vraiment dignes de
confiance, suite au sortilège qui les accompagnait toujours. Certaines
histoires ne pouvaient s’écrire sans s’enflammer d’un coup, d’autres ne
pouvaient quitter le Nord, d’autres encore se modifiaient à chaque fois qu’on
les racontait, perdant toute fiabilité, lecture après lecture. Les deux récits
concernant la Valory se contredisaient.
Les contes du Nord se déforment, s’enflamment, se contredisent et façonnent la
réalité. L’histoire n’est plus un repère fiable : elle devient un instrument.
Là où Caraval exaltait l’illusion et la magie des apparences, cette trilogie
en révèle les coulisses. Au Sud, à Valora, dominait la chaleur du spectacle ;
dans le Grand Nord, le décor se refroidit et se durcit. Les arches ne
promettent plus seulement l’émerveillement : elles ouvrent sur des luttes de
pouvoir. Les objets magiques sont convoités, les alliances se négocient, et
les rumeurs circulent plus vite que la vérité.
Les médias façonnent les réputations, fabriquent des coupables, condamnent sur
des on-dit. L’enchantement cède la place à la stratégie.
Dans cet univers faussement enchanteur, saturé de récits contradictoires, de
lignes de temps alternatives, d’amnésies, d’artefacts et de créatures
mythiques, où certaines vérités ne peuvent être dites, Évangéline cesse enfin
de croire aveuglément aux histoires qu’on lui raconte. Elle apprend à
discerner, à observer, à relier les signes plutôt qu’à s’y abandonner.
En écho à Caraval, qui mettait en scène l’illusion comme spectacle, cette
trilogie explore l’envers du récit : sa capacité à manipuler autant qu’à
révéler. Les histoires peuvent tromper, masquer, orienter les regards — mais
elles peuvent aussi devenir un levier d’émancipation. Tout dépend de celui ou
celle qui les raconte, et de celui ou celle qui choisit d’y croire.
Derrière les bals, les malédictions et les serments éternels, la série
interroge ainsi la puissance des narrations qui façonnent nos perceptions.
Certes, l’ensemble reste une romantasy destinée à un public jeunes adultes, où
la noirceur demeure adoucie par l’enchantement. Mais sous le vernis
scintillant subsiste une question plus troublante : les histoires que nous
nous racontons construisent-elles notre réalité, ou ne font-elles que la
travestir ?
La fête de Pâques est une célébration liée à la pédophilie où on mange, non
pas le corps du « Christ », mais plutôt celui d'une entité vampirique qui
pénètrera l'individu.
Jésus représente la mémoire planétaire de chaque individu.
À Noël, cette mémoire est figurée sous la forme d’un enfant, personnifiant
l’innocence et la naïveté de l’Âme.
Elle sera ensuite sacrifiée à Pâques, marquant symboliquement sa mise à mort
(retour en astral), puis replacée dans le cycle des réincarnations afin de
poursuivre l’exploitation énergétique.
C’est là une version condensée d’un fait bien connu des hautes loges occultes.
La matrice n’est pas un lieu. Elle n’est pas un complot extérieur. Elle n’est
pas un système imposé par une force étrangère.
La matrice commence là où la conscience abdique. Le jour où l’on renonce à sa
souveraineté intérieure pour un confort, une sécurité, une identité, ou une
promesse de sens.
Elle s’installe quand l’on préfère réagir plutôt que voir. Quand l’on confond
rêve et Vie. Quand l’on délègue sa responsabilité à un cadre, un récit, une
autorité.
Mais son verrou le plus subtil est ailleurs. La matrice se referme quand on
croit que les pensées sont les nôtres. Quand on ne voit plus que la pensée est
un flux, un programme, une réponse conditionnée à un environnement, et non une
origine.
Tant que la pensée est crue comme identité, la liberté reste théorique. Car on
ne sort pas d’une prison dont on se croit le gardien.
La matrice n’a pas besoin de murs. Elle fonctionne par adhésion. Par
consentement silencieux. Par habitude. Elle ne contraint pas : elle fait
croire.
Et le jour où la conscience cesse de s’identifier à ce qu’elle pense, à ce
qu’elle ressent, à ce qu’elle croit être… la matrice ne s’effondre pas. Elle
cesse simplement d’exister.
Car ce qui tenait le système debout n’était ni le pouvoir, ni la peur, ni la
structure. C’était l’oubli.
Si vous ne pouvez pas être à la fois aimé et craint, optez pour être craint.
Que voulait-il vraiment dire ?
Nous existons dans un monde qui glorifie l'amour inconditionnel, le pardon
sans limite et le sacrifice de soi. On nous dit que l'homme idéal est celui
qui donne tout, endure en silence et aime même lorsque cela le déchire.
Mais Nicolas Machiavel, l'un des stratèges les plus surmentaux de l'histoire,
voyait les choses différemment.
Une émotion sans bornes n'est pas une vertu. C'est une vulnérabilité. Et il
avait raison.
Ouvrir son cœur sans retenue, dépenser son énergie sans filtre et tolérer ce
qui vous épuise, ce n'est pas de l'amour, c'est un suicide émotionnel.
La Supraconscience Vibratoire enseigne qu'il faut fermer son cœur. Pas pour
nous rendre comme des robots ou insensibles, mais pour le protéger et le
renforcer. Car un homme sans aplomb est une proie facile pour les abus
émotionnels, même de la part de ceux qui disent l'aimer.
L'amour sans structure devient autodestruction. Plus vous donnez sans
condition, moins vous êtes apprécié. Une disponibilité infinie vous rend
invisible.
Votre patience, votre compassion, votre générosité deviennent du bruit de
fond. Non pas parce que les gens sont mauvais, mais parce que la nature de
cette simulation tient pour acquis ce qui vient sans effort. Ce qui est donné
gratuitement est gaspillé. Ce qui est gagné est respecté.
C'est pourquoi la Supraconscience ne vous dit pas d'arrêter d'aimer, elle vous
dit :
Aimez avec stratégie — avec Intelligence. Aimez avec des limites. Aimez
sans vous perdre.
Beaucoup d'hommes vivent aujourd'hui en « paix » parce qu'ils ont sacrifié
leur propre voix. Mais ce n'est pas de la paix, c'est de l'anesthésie. Et
cette anesthésie vous vole votre dignité, votre énergie, votre leadership.
Être « froid » ne signifie pas que vous ne ressentez rien. Cela signifie que
vous ne donnez pas votre énergie à ceux qui exigent plus qu'ils ne méritent.
Cela signifie que vous sélectionnez à qui vous accordez votre temps et qui
vous mettez à la porte, sans culpabilité.
Cela signifie que vous fixez des limites si claires qu'elles ne peuvent être
franchies sans conséquences, même si quelqu'un vous traite de dur. Et si
quelqu'un vous dit : « Tu as changé », acquiescez. Ce qui leur manque
vraiment, ce n'est pas votre amour, c'est votre naïveté d'être utilisé.
Vous n'êtes pas ici pour être approuvé. Vous êtes ici pour être respecté. Vous
n'êtes pas ici pour mendier de l'affection déguisée en dépendance, mais pour
re-construire votre empire intérieur, et cela ne se fait pas en plaisant aux
autres.
Il existe un courant de pensée qui voudrait vous faire croire que la «
véritable spiritualité » consiste à abattre toutes vos barrières, à ne plus
vous protéger et à vous fondre dans une « unité » où les frontières n'existent
plus.
C'est le piège le plus sophistiqué de la prédation vibratoire. On vous dit que
« se protéger » est un signe de peur.
Dans le Réel, une frontière est une limite de propriété. Votre corps et votre
espace vibratoire sont votre territoire souverain.
Un électricien ne touche pas les câbles à nu par « amour de l'unité » — il
utilise des gants parce qu'il respecte les lois de l'énergie. La souveraineté,
c'est l'isolation de vos circuits pour que votre voltage ne se perde pas dans
la masse.
L'idée que « Tout est Un » et qu'il n'y a personne à centrer est une
invitation au squat énergétique. Si vous cessez de vous centrer, vous devenez
une zone vacante.
En niant votre « personnage » (votre structure physique et mentale), vous
laissez la porte ouverte à toutes les programmations extérieures. L'Unité sans
discernement n'est pas de l'amour, c'est de la porosité.
La véritable maîtrise ne consiste pas à disparaître dans l'autre, mais à
rester identifié à son propre Esprit au milieu du chaos.
Vous avez le droit — et le devoir — de choisir qui entre dans votre champ, ce
que vous mangez, et quelle fréquence vous autorisez dans votre foyer. Le «
non » souverain est l'acte de respect le plus pur envers votre propre
existence.
Ne confondez pas la paix avec la passivité. La Lumière réelle est froide et
tranchante. Restez denses, restez centrés, et gardez vos protections activées.
L'unité ne se trouve pas dans la fusion avec l'extérieur, mais dans la
cohérence totale de votre propre structure.
Comme je l'évoquais dans
2025, l'odyssée des pages, le souci avec les séries littéraires est souvent l'essoufflement et
l'enlisement de l'intrigue qui retombe généralement comme un soufflé lors du
grand final. La septologie de
la Tour sombre
de Stephen King constitue un très bon exemple de ce phénomène, auquel la saga
Harry Potterde J.K. Rowling est un parfait contre-exemple. Dans la première, l'auteur se
laisse porter sans trop savoir où il va. Dans la seconde, son imagination est
canalisée dans un plan de route suffisamment élaboré pour éviter à
l'inspiration de trop s'éloigner de l'arc narratif principal au risque de
perdre les lecteurs en chemin.
Parue il y a dix ans, la trilogie Lady Helen est l'exception qui
confirme la règle et entre dans la seconde catégorie de la cohérence narrative
et de l'évolution maîtrisée avec brio du début à la fin. C'est pour moi un
immense coup de cœur que je souhaitais partager sans attendre.
Romance à la Jane Austen et fantasy noire
Pour planter le décor, son autrice, l'australienne Alison Goodman, la voit
comme un croisement entre
Orgueil et Préjugés
et
Buffy contre les vampires. Un roman de mœurs teinté de fantasy noire.
Sur
son site, elle explique comment, avant de se lancer dans l'écriture des trois tomes,
elle a passé huit mois à lire des ouvrages et regarder des documentaires sur
la Régence anglaise (1811-1820) qui fut une époque d'excès pour l'aristocratie
mais également une période d'incertitude engendrée par les guerres
napoléoniennes, la Révolution française et le régime de la Terreur à l'aube de
la révolution industrielle et des révoltes sociales qui l'accompagnent.
Plus spécifiquement, pour le premier livre,
le Club des Mauvais Jours, elle a étudié le Londres de la Régence et ce que l'on appelait « la Saison
», qui correspondait à la session parlementaire de janvier à juin. C'était,
écrit-elle, «
la saison sociale la plus animée et la plus importante, durant laquelle les
jeunes femmes faisaient leur entrée dans la bonne société et sur le marché
du mariage
».
Pour le second, le Pacte des Mauvais Jours, ses recherches l'ont conduite à la station balnéaire de Brighton et la
saison sociale estivale, tandis que le troisième,
l'Ombre des Mauvais Jours, est entièrement consacré à la station thermale de Bath et à la saison
sociale hivernale.
Lady Helen Wrexhall est donc une jeune aristocrate anglaise qui s'apprête à
être présentée à la cour de la reine Charlotte — moment crucial pour son
avenir social et matrimonial. Elle vit sous la tutelle d'un oncle très collet
monté — sorte de
Vernon Dursley
de la Régence — et d'une tante bienveillante qui la considère comme sa propre
fille. Orpheline depuis un naufrage qui a coûté la vie à ses parents, elle
souffre en plus d'une réputation entachée par des rumeurs sulfureuses de
trahison entourant sa mère.
Lord Pennworth exprimait souvent ses opinions sur les femmes et l'impiété en
général, aussi bien chez lui qu'en public. Il était un admirateur de
l'évangélique Hannah Moore, mais contrairement à cette dame modérée il
cultivait une religion bilieuse et agressive. Sa violente campagne contre
les maisons de tolérance avait attiré sur lui l'attention des
caricaturistes, lesquels l'avaient rebaptisé lord Anti-Coquin dans leurs
dessins féroces. Lors d'une de ses incursions nocturnes dans les papiers de
son oncle, Helen avait découvert une gravure publiée de Cruikshank le
représentant. Elle avait dû se mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire
devant cet étrange portrait de lui en jeune coq bombant son poitrail
imposant, avec ses yeux ronds exorbités et son visage rubicond arborant le
même rouge arrogant que la crête dont sa tête était coiffée.
Abuseurs et Vigilants
Avant même sa présentation, la disparition d'une domestique l'entraîne vers
une réalité cachée : Londres abrite des démons infiltrés dans toutes les
strates de la société.
Entre en scène le beau et ténébreux Lord Carlston, revenu d'exil après avoir
été soupçonné du meurtre de sa femme. Il appartient au Club des Mauvais Jours,
une organisation secrète chargée par le ministère de l’intérieur de maintenir
l’équilibre face à des démons viciés (et en surnombre), appelés Abuseurs.
Ces créatures, non sans évoquer les vampires (et les Archontes), se
nourrissent de l’énergie vitale des humains et de leurs émotions — peur,
violence, chaos, luxure. Elles vivent incognito parmi eux, engendrent une
descendance destinée à leur servir d’hôte lorsque le corps qu’elles occupent
devient compromis, et s’invitent jusque dans les soirées mondaines. D’aucuns,
au sein même du Club, murmurent que Bonaparte pourrait être l’un des leurs.
Tant que leur existence demeure ignorée, ils maintiennent le statu quo. Le
monde surnaturel ne se tient donc pas à l’écart du réel : il coexiste avec
lui, invisible pour la majorité.
Les Abuseurs ne sont pas de simples prédateurs livrés à leur instinct. Ils
évoluent dans un cadre, un pacte, une forme d’équilibre négocié qui encadre
leur violence sans jamais l’abolir. Ils peuvent survivre, se perpétuer,
contourner la fin — toujours au prix d’autrui. Ce qui glace n’est pas
seulement leur prédation, mais la sophistication du système qui la rend
possible : une organisation où la survie des uns repose méthodiquement sur
l’effacement progressif des autres. Leur menace dépasse l’individu. Elle
infiltre les lignées, traverse les corps, laisse des traces qui ne s’effacent
pas sans dégâts.
Ce ne sont pas seulement des monstres. Ce sont des stratèges de la
persistance. La lutte n’oppose pas le Bien pur au Mal caricatural, mais deux
forces contraintes d’agir dans un monde où chaque décision laisse des
victimes.
Lady Helen découvre qu’elle est elle-même, par nature, membre de ce cercle —
une héritière directe. Elle possède une énergie et des dons particuliers qui
font d’elle une Vigilante et l’obligent à choisir : demeurer dans une
existence ultra-codifiée, faite de privilèges et d’insouciance, ou basculer
dans un univers plus stimulant mais infiniment plus dangereux, où la folie
constitue un risque aussi réel que la mort.
Comment Lady Helen tient en haleine
Ce qui fait de cette série un « page turner » qu'on ne peut lâcher ne tient
pas qu'à sa seule dimension fantastique. Le cadre historique parfaitement
restitué constitue, à lui seul, une base solide qui rend les personnages plus
vrais que nature — si parfaitement campés que la personnalité seule de
l'antagoniste suprême m'a suffi à l'identifier comme tel alors que son
identité n'est révélée qu'à la toute fin. À croire que les mots peuvent
générer une vibration et rendre des personnages de fiction « réels ». Ce qui
donne matière à réflexion quant à la nature de cette simulation, n'est-ce pas
?
Mais revenons à nos personnages — ou plutôt à ceux d'Alison Goodman.
L'évolution progressive de Lady Helen, de jeune fille fleur bleue de la haute
société à tueuse d'Abuseurs et réveilleuse d'âmes, est fort bien amenée car,
dès le départ, derrière une soumission apparente aux contraintes sociales
oppressives pour les femmes de son époque, elle n'accepte jamais passivement
son destin, s'instruit en cachette sur des sujets considérés « pas pour les
dames » et lutte contre cette nouvelle identité que le destin lui impose. Son
parcours est d'ailleurs autant intérieur que physique : il s'agit
d'émancipation dans une société qui limite drastiquement les femmes.
Son mentor, Lord Carlston, incarne la figure du héros marginal, porteur du
savoir interdit et moralement ambigu qui dérange la bienpensance. Il est
entouré d'une aura de mystère, si bien qu'on ne sait jamais vraiment bien où
il se situe tant la ligne est floue. Une sorte de
Sirius Black
qui ne serait jamais allé à Azkaban.
Helen devait avouer que lord Carlston était beau, d'une beauté dure et
anguleuse qui faisait paraître les hommes autour de lui presque efféminés.
Toutefois, le dessin de sa bouche trahissait une brutalité franchement
repoussante. Sa peau arborait un hâle contraire à la mode — Andrew et tante
Leonore avaient indiqué tous deux qu'il avait séjourné sur le continent —,
et le marron de ses yeux était si foncé qu'il se confondait avec la pupille
noire, ce qui leur donnait une expression impénétrable. L'effet était
déconcertant. Son regard semblait sans âme, comme celui du requin naturalisé
qu'elle avait vu à l'Egyptian Hall nouvellement ouvert. Un froid soudain fit
frémir les épaules nues d’Helen. Un tel homme ne pouvait avoir une âme —
c'était un meurtrier. Et peut-être un ravisseur. Elle serra plus fort dans
ses doigts la pointe de l'éventail et la miniature. Il était temps, car sa
tante se tournait vers elle pour lui présenter les deux hommes.
Sans oublier une galerie de personnages secondaires savoureux, faits d'ombres
et de lumière, avec leurs qualités et leurs failles qui les rendent plus
humains.
«
Un certain nombre de personnages secondaires sont des personnages
historiques que j'ai interprétés à ma façon, explique Alison Goodman,
le régent lui-même, bien sûr, ainsi que la reine Charlotte et les
princesses Mary et Augusta, Beau Brummell, lady Jersey, lord Byron, lady
Caroline Lamb, lord Perceval et John Bellingham. Les événements autour de
lord Perceval et de Bellingham sont authentiques, eux aussi : Bellingham a
vraiment assassiné le Premier Ministre, et mon évocation des faits se fonde
entièrement sur des articles de journaux et de magazines de l'époque, de
même que ma description des meurtres atroces de la route de Ratcliffe.
»
Même les « méchants » de l'histoire ont toujours une bonne raison de l'être.
Ce sont ces nuances subtiles qui, à mon humble avis, la rendent si attachante,
à tel point qu'une certaine nostalgie s'installe une fois la toute dernière
page tournée.
Certes les membres du Club des Mauvais Jours sont retournés dans leur écrin
d'immortalité sur l'étagère de notre bibliothèque mais les Abuseurs, eux, sont
toujours bien là parmi nous. À nous d'exercer nos yeux de Vigilants et notre
neutralité pour ne plus leur fournir de précieux loosh.
L'appel du Réel Le réel ne s’atteint pas en ajoutant du sens, mais en laissant mourir le rêve.
Les lecteurs attentifs auront sans doute remarqué une diminution progressive ...