2025, l'odyssée des pages

2025 aura été, à tous points de vue, une année difficile. Tant au niveau des prises de conscience brutales que sur le plan événementiel. Résultat : j’ai beaucoup moins eu le temps de lire.

Dans la sélection ci-dessous ne figure pas la saga Harry Potter que j'ai revisitée intégralement sous forme audio, avec les voix de Bernard Giraudeau (tomes 1-4) et Dominique Collignon-Maurin (tomes 5-7). Deux formidables acteurs (tous deux aujourd'hui décédés) qui apportent une dimension supplémentaire au récit sans enfermer l'imaginaire comme c'est malheureusement le cas (et le but) des films.

Ne figure pas non plus le premier volume de l'Élixir d'oubli, adaptation du deuxième tome du Paris des Merveilles de Pierre Pevel que l'on pensait compromise avec le décès brutal d'Étienne Willem qui en avait réalisé une quinzaine de planches. C'était sans compter sur le talent de Capia, une jeune dessinatrice belge qui a su reprendre avec brio le style graphique de son prédécesseur pour notre plus grand plaisir. Même si c'est difficile de se dire qu'Étienne, qui semblait tout droit sorti d'une de ses BD avec son kilt et sa pipe, ne reviendra plus jamais hanter les salons littéraires francophones.

J'ai également lu avec bonheur l'adaptation en roman graphique du premier tome de la Passeuse de mots, une série fantastique que je vous avais présentée l'an dernier et dont je n'ai d'ailleurs toujours pas terminé le tome 4, tant le récit est devenu ennuyeux. Pourtant les deux premiers étaient palpitants. C'est bien souvent le souci avec les séries. Exception faite de celles écrites par J. K. Rowling qui sait toujours exactement où elle va et comment tenir le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page.

1. The Hallmarked Man

Un cadavre démembré est découvert dans la chambre forte d'une bijouterie. La police pense initialement qu'il s'agit d'un ancien condamné pour vol à main armée, mais tout le monde ne partage pas cette théorie. Parmi les sceptiques figure Decima Mullins, qui fait appel au détective privé Cormoran Strike, car elle est convaincue que le corps retrouvé dans la chambre forte est celui de son petit ami - le père de son enfant qui vient de naître - qui a disparu sans prévenir.
A mesure que Strike et sa partenaire Robin Ellacott progressent dans leur enquête, les dédales de l'affaire se multiplient. La boutique d'argenterie n'a rien d'ordinaire : située à côté du Freemasons' Hall, elle est spécialisée dans l'argenterie maçonnique. Outre le voleur armé et le petit ami de Decima, il apparaît clairement que d'autres hommes disparus pourraient correspondre au profil du corps retrouvé dans la chambre forte.
Alors que l'affaire devient de plus en plus compliquée et dangereuse, Strike se trouve confronté à un autre dilemme : Robin semble de plus en plus attachée à son compagnon, le policier Ryan Murphy, mais le besoin de lui déclarer ses sentiments devient plus pressant que jamais.

Robert Galbraith, 2025 - Sphere Books - 1072 pages

***

Comme je l'évoquais à l'instant, J. K. Rowling est un des rares auteurs dont les séries ne me déçoivent jamais. Et ce huitième opus des enquêtes de Cormoran Strike (publié sous le pseudonyme de Robert Galbraith) ne faillit pas à la règle. Même si je l'ai trouvé beaucoup moins intense que le précédent dans lequel Robin infiltrait une secte et s'en sortait de justesse malgré un traumatisme — qui continue d'ailleurs de la hanter dans ce nouvel épisode. C'est bien là tout l'attrait de cette saga qui mêle enquêtes complexes et rebondissements à l'évolution d'une relation tout aussi compliquée entre les deux protagonistes, exploitant le « slow burn » à son maximum. Il est clair que sans ces personnages plus vrais que nature (et non infaillibles) — beaucoup plus attachants qu'une Miss Marple ou un Sherlock Holmes d'antan —, la série perdrait certainement tout son attrait.

Que dire sans divulgâcher l'intrigue ?

Déjà qu'il vaut mieux être bilingue car visiblement, la maison Grasset, qui publie la série en France, semble être en désaccord politique avec les positions de son autrice sur les réseaux sociaux et aurait gelé la parution des deux derniers tomes — pourtant des bestsellers dans le monde entier. Bienvenue au Wokistan, le royaume des « veillés » (woke) autoproclamés « éveillés » (awake). 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire en lisant le quatrième de couverture, les Francs-maçons ne sont pas vraiment au cœur de cette histoire. Mais chut, je n'en dirai pas plus. La pédophilie par contre… le trafic d'êtres humains... la culture de l'annulation... la manipulation... la corruption au sein de la police... L'habit fait toujours le moine. Sauf pour Cormoran et Robin bien sûr. 

Vivement le tome 9 !

2. L'Institut

Bienvenue à l'Institut. Quand les enfants y entrent, ils n'en sortent plus. Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent dans la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l'Institut, dans une chambre semblable à la sienne, sauf qu'elle n'a pas de fenêtre. Dans le couloir, d'autres portes cachent d'autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu'attend-on d'eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s'enfuir ? Aussi angoissant que Charlie, d'une puissance d'évocation égale à Ça, L'Institut nous entraîne dans un monde totalitaire... qui ressemble étrangement au nôtre.

Stephen King, 2020 - Albin Michel - 608 pages

***

Ce n'est un secret pour personne, Stephen King a longtemps été un de mes auteurs favoris. Ceci dit, avec le temps et sa productivité hors norme, j'ai un peu perdu le fil de sa bibliographie assez inégale. Et sa tendance à toujours explorer les mêmes thèmes et les mêmes types de personnages a même fini par me lasser. C'est ainsi que j'étais passée totalement à côté de cette pépite, parue en 2020, qui renoue avec le meilleur du maître de l'épouvante — cette fois, sans basculer dans le fantastique ou le surnaturel mais plutôt en exposant les monstres du réel. Non pas ceux qui guettent les petits enfants, tapis au fond des égouts (Ça), mais ceux qui viennent les kidnapper chez eux, pendant leur sommeil, pour les torturer en invoquant la raison d'état et le sacrifice patriote pour le bien commun (sic). À vomir.

Là où d'aucuns évoquent une référence aux projets de contrôle mental comme MK Ultra (aujourd'hui déclassifié), les activités de cet institut secret me semblent davantage en rapport avec un programme secret mené par l'armée américaine, pendant plusieurs décennies (de la guerre froide et jusque dans les années 90) qui avait recours à la « psychoénergétique » — la psychokinésie, la télépathie et, surtout dans le cas de la désormais célèbre expérience de Fort Meade, dans les années 70, la « vision à distance » — pour collecter des renseignements. Dans le cadre du projet Stargate, nom collectif désignant une série de programmes portant des noms de code tels que Grill Frame et Sun Streak, le gouvernement des États-Unis formait une armée de télépathes. Ou, du moins, essayait de le faire.

À noter qu'une adaptation télévisée sous forme d'une mini-série de 8 épisodes est sortie cet été sur la chaîne HBO. Même si les acteurs sont tous excellents et si le scénario reste assez fidèle au roman, certains raccourcis scénaristiques me semblent discutables d'autant qu'ils amputent l'histoire de tout son suspens. En outre, pour cibler un public adolescent, de nombreux éléments ont été édulcorés et les enfants ont l'air beaucoup plus vieux que dans le récit de King. Je conseillerais donc plutôt de lire le livre.

3. Caraval

Bienvenue à Caraval ! Le spectacle le plus extraordinaire de tous les temps ! Vous y verrez plus de merveilles que le commun des mortels au cours de toute une vie. Mais avant que vous vous plongiez dans notre univers, gardez à l'esprit qu'il s'agit d'un jeu... Nous tenterons de vous convaincre que ce qui se passe au-delà de ce portail est réel, mais ce n'est qu'illusions. Alors prenez garde à ne pas vous laisser trop emporter. Car les rêves qui se réalisent peuvent être magnifiques, mais ils peuvent aussi se transformer en cauchemars si l'on ne se réveille pas...

Stephanie Garber, 2018 - Hachette Jeunesse - 1676 pages

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Je l'avoue : j'ai toujours détesté les romans à l'eau de rose. Et ce n'est pas ce qu'est la trilogie Caraval (ou quadrilogie si l'on tient compte d'une novella « bonus » uniquement disponible en anglais) même si elle est étiquetée « romance fantastique ». Destinée à un public de « jeunes adultes », on est bien loin de l'érotisme torride —  limite hardcore —  de la série Fever de Karen Marie Moning, également affublée de la même étiquette. 

Un univers carnavalesque et théâtral qui m'a tout de suite fait penser aux films de Tim Burton mais surtout aux illustrations de Ciro Marchetti —  notamment son Oracle des visions. Il est d'ailleurs question de cartes divinatoires dans les deuxième et troisième tomes, ainsi que d'un certain valet de cœur bien gratiné. 

Ma lecture de ces romans n'a sans doute rien à voir avec le message de leur autrice mais je n'ai pu m'empêcher de dresser un parallèle avec la simulation matricielle. Là encore, je ne peux expliciter au risque de divulgâcher l'intrigue. Le thème principal tourne autour des faux semblants, des projections, du rêve dans le rêve et au sens plus large de la nature de ce que nous appelons « réalité ». Dommage que le dernier tome peine à rester cohérent, mais comme je le disais plus haut, cela semble être un problème récurrent inhérent à beaucoup de sagas.

4. Le Secret des secrets

Éminent professeur de symbologie, Robert Langdon se rend à Prague pour une conférence révolutionnaire sur la noétique donnée par Katherine Salomon, avec laquelle il vient d’entamer une relation. La scientifique est sur le point de publier un essai explosif sur la nature de la conscience humaine qui pourrait bouleverser des siècles de croyances établies. Mais un meurtre brutal précipite leur séjour dans le chaos, et Katherine disparaît soudain avec son manuscrit. Langdon devient la cible d’une puissante organisation et se retrouve pourchassé par un être terrifiant issu de la plus ancienne mythologie de Prague. Alors que l’intrigue se déploie à Londres et à New York, Langdon cherche désespérément Katherine… et des réponses. Dans une course contre la montre à travers le double monde de la science futuriste et de la tradition mystique, il découvre une vérité choquante sur un projet secret qui changera à jamais notre conception de l’esprit humain.

Dan Brown, 2025 - J.C.Lattès - 704 pages

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Je ne m'en cache pas, j'adore les romans de Dan Brown pour évacuer le trop-plein routinier et ennuyeux de mon quotidien matriciel. Toutefois, depuis la parution du Da Vinci Code en 2003, j'ai vite compris qu'il ne fallait surtout pas y voir autre chose que de la fiction surfant sur la vague ésotérico-complotiste en vogue depuis les événements du 11 septembre. 

Après huit ans d'absence et 250 millions de livres vendus, la formule fonctionne toujours, faisant de Dan Brown l'un des auteurs les plus lus (et vendus) à travers le monde. Hallucinant même de voir tous les dispositifs anti-fuite mis en place autour de la sortie mondiale de ce nouvel opus des aventures du professeur Robert Langdon. Les traducteurs ont dû  travailler durant huit mois depuis « un lieu tenu secret, un véritable bunker », et ce sans accès à internet. Chaque soir, ils devaient placer les feuilles « dans un coffre-fort, dans une pièce fermée à clé ». Et une fois les romans imprimés, ils étaient enfermés « dans des pièces surveillées par des vigiles jour et nuit ».

Amusant car dans le Secret des Secrets, il est justement question d'un important manuscrit à paraître dérobé sur le site d'un éditeur. Pour ce qui est de la traduction française, préférez le texte en anglais si vous le pouvez car elle est truffée de coquilles. À tel point que dans la scène d'ouverture, le personnage impliqué change de sexe toutes les deux phrases, si bien qu'on n'y comprend rien. Inadmissible qu'aucune relecture n'ait été faite avant parution.

Pour ce qui est de l'histoire, le thème rappelle étrangement celui de l'Institut mais contrairement à King, beaucoup plus réaliste, chez Brown, tout finit toujours bien et les méchants ne sont pas si méchants que ça finalement. Sinon, la visite guidée de Prague était plutôt sympa.

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