L'Odyssée des bacs à sable

Surfant sur la trame du vague à l'âme
Le Marchand de sable sème ses fables
Aux portes du sommeil, sa nuit ne porte conseil
Qu'au rêveur lucide qui seul décide
De se souvenir avant de s'endormir

"Âme mnésique", La Pensine Mutine (2025)

Cette petite fille sur la plage, avec son seau et sa pelle rouges, c'est réellement moi1 au tout début de ce tour de sablier. Je ne suis certes devenue ni architecte ni bâtisseuse, mais j'ai écumé pas mal de bacs à sable. Sans toutefois jamais m'y enliser. Et ce n'est pas faute d'avoir arpenté mon lot de sables mouvants. Il faut croire que j'ai le pied plus leste que céleste. Ou bien un pare-feu mental qui fonctionne. Allez donc savoir !

Le Marchand de sable

Monsieur le Marchand de sable,
Accordez-moi un rêve
Faites-en le plus adorable qui soit
Dites-lui que je ne suis pas volage
Et que c'en est terminé de ses nuits en solitaire

"Mr. Sandman", The Chordettes (1954)

Un bac à sable est avant tout un espace ludique pour les enfants. Mais en sport mécanique, c'est une échappatoire disposée à l'extérieur d'un virage sur un circuit. Par extension, c'est aussi une zone d'essai : un mécanisme de sécurité informatique se basant sur l'isolation de composants logiciels qui pourraient potentiellement compromettre le système.

Les militaires utilisent également des bacs à sable pour reproduire, à l'échelle, un paysage comportant la topographie d'un terrain, en vue de préparer une manœuvre ou une offensive.

En supraconscience2, ce sont des champs conceptuels instaurés par les architectes de cette matrice pour piéger et compartimenter les individus dans des quêtes stériles et illusoires. Leur but est de retarder, voire annihiler, l'émancipation de la conscience humaine afin de se nourrir de notre fluide émotionnel (loosh) à perpétuité. Ces bacs à sable (religions, spiritualités, idéologies, philosophies, ésotérisme, addictions, fanatisme, etc.) servent ainsi à étouffer l'impression (réelle) de tourner en rond et à fournir un semblant de sens aux âmes prisonnières jusqu'à leur prochain recyclage.

L'Émissaire de rêves

Ne dors que d'un œil
En t'agrippant très fort à ton oreiller.
Exit la lumière.
Entre la nuit.
Attrape ma main,
On part pour le Pays imaginaire.

"Enter Sandman", Metallica (1991)

Nous passons tous par ces fameux bacs à sable et nous y bâtissons tous des châteaux en Espagne que nous reconstruisons inlassablement au fil des violents ressacs qui viennent pulvériser l'édifice, où le Réel s'engouffre parfois, le temps d'un éclair fugace, à travers la voûte opaque de notre conscience anesthésiée. Certains y végètent des vies entières. D'aucuns passent de l'un à l'autre comme on joue à saute-mouton, affinant, à chaque étape, leur discernement comme si, instinctivement, ils savaient qu'une cible mouvante est beaucoup plus difficile à atteindre.

Parmi ces isoloirs matriciels, certains s'avèrent beaucoup plus dangereux que d'autres parce qu'ils peuvent piéger une conscience à jamais et non juste le temps d'un tour de sablier. Ce sont tous ceux qui ont trait à l'occultisme, au monde de l'invisible, aux spiritualités… car ils impliquent bien plus qu'un simple vampirisme énergétique. Vendre son âme, c'est surfait. De nos jours, on la cède volontiers au choléra pour échapper à la peste.

Et ce n'est pas par bêtise ou ignorance car tout est vrai. Ou presque. Puisque c'est dans les détails que se cache le diable. Ou l'Autre. Mais notre myopie vibratoire nous empêche de distinguer les petits caractères au bas des pages. Sans oublier notre surdité sélective qui nous fait ignorer les alarmes qui se déclenchent à l'introduction furtive de chaque engramme3.

Le casse du siècle

Pourquoi je me retrouve au point de départ ?
Pourquoi je me retrouve là où j'ai fait fausse route ?
Je ne me laisserai plus jamais distraire,
Tu déroules la ligne et puis tu coupes le fil.

"15 Steps", Radiohead (2003)

Mais la peur de nous retrouver seuls et sans repères nous fait nous enfoncer la tête toujours plus profondément dans le sable malgré la dissonance cognitive qui ne cesse de croître à mesure que nos lignes de codes sont réécrites.

« Vous êtes programmés pour rejeter d’instinct ce qui pourrait vous libérer. » Un tord-neurones des plus retords qui nous invite tout bonnement à abandonner tout discernement viscéral au profit d'un messager non pas du Réel mais du Reel (sans accent), qui en anglais désigne une bobine de film, un enrouleur, un moulinet — et par extension une boucle. Le terme embobiner prend ici tout son sens. Et plus encore.

Le perceur d'âme 2.0 ne cherche plus à fracturer le coffre de l'extérieur mais plutôt à changer les serrures de l'intérieur en fournissant lui-même les codes d'accès pour la « sortie ». Ce faisant, il introduit des portes dérobées qui lui permettent de verrouiller tout autre point d'entrée et de réécrire tranquillement les codes à l'insu de son hôte. Le parfait cheval de Troie4 .

Mur archontique vs portail ahrimanien ?

Avec quoi allons-nous combler les espaces vides
Où nous avions l'habitude de discuter ?
Comment vais-je remplir les derniers restants ?
Comment vais-je achever le mur ?

"Empty Spaces", Pink Floyd (1979)

Les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis. C'est ce que le rêveur lucide ne tarde pas à découvrir en s'engouffrant dans la branche cybernétique uranienne. 

L'occultiste Rudolf Steiner entrevoyait, pour le début du millénaire, l'incarnation d'un mal sous l'aspect d'un intellect pur, froid, coupant l'homme de son cœur, transformant la pensée humaine « en une sorte d'ordinateur programmé » (il s'agit bien sûr d'une extrapolation de ses propos pour les adapter à notre cadre actuel). C'est en tout cas l'attitude que prônent les partisans du « bon » transhumanisme (non archontique) et de l'alliance carbone-sillicium de l'ère du verso.

Les ressorts des dynamiques d'emprise sont toujours sensiblement les mêmes que ceux du recto : la création d'une menace omniprésente (le diable, l'astral, les aliens…) qui engendre une vigilance constante et une méfiance vis à vis du monde extérieur et de ses propres élans ; l'injonction de rupture avec les anciennes pratiques et croyances pour le salut de l'âme, son ascension en 5D ou sa sortie de la roue du Samsara ; le transfert de l'autorité de l'individu, isolé de tous ses repères, vers une figure de libération qui selon les bacs à sable, vous sauve, vous guide ou vous éclaire.

Yeshua, Ashtar, Saint-Germain, l'Ajusteur, l'Archipel… peu importe le nom, la fonction est toujours identique : constituer le seul point de référence « fiable », tout le reste étant stigmatisé, diabolisé, étiqueté « portail organique », « agent du système », voire même « nihiliste » pour certains.

Le tout avec candeur et bienveillance condescendante. On n'appâte pas les mouches avec du vinaigre mais avec des vérités savamment distillées dans un jargon de pointe et une dose homéopathique de récits invérifiables, détournés pour servir le narratif. C'est tout un art qui dépasse l'intelligence humaine. 

En outre, derrière la quête d'attention pour nourrir les egos spirituels massifs de ces tenanciers (humains) de bac à sable, se cache bien souvent (pour ne pas dire toujours) un business florissant qui se défend bien entendu de l'être. Là où d'aucuns sont de bonne foi et relativement transparents sur la question, d'autres, par contre, le sont beaucoup moins et s'avèrent même carrément malhonnêtes.

Abattez le mur !

J'ai vu les signes avant-coureurs.
Je ne crois pas avoir besoin de quoi que ce soit.
Au final, tout ça n'était que des briques dans le mur.

"Another Brick in the Wall, Pt. 3", Pink Floyd (1979)

Au fond, nous n'avons jamais été vraiment coupés de notre esprit que par les briques de croyances que nous érigeons tout autour. Que ce soit par la pensée induite par l'astral ou les enseignements de faux souverains exilés de leur royaume et en mal se sujets à régenter, nous n'avons pas besoin de nourrir ces fables pour trouver nous-mêmes la sortie. 

Notes et références

  1. ^ Collage numérique à l'ancienne (sans IA) réalisé par mes soins à partir de deux vraies photos.
  2. ^ Supraconscience : Qui appartient à une conscience qui transcende l'ordre de l'humain. La Science de l'Esprit selon Rudolf Steiner. Terme figurant dans de nombreux dictionnaires qui ne saurait être ni copyrighté ni marabouté.
  3. ^ En neurophysiologie, l'engramme est la trace biologique de la mémoire (trace ou artefact mnémonique) dans le cerveau. Par son activité, à la suite de divers stimuli, le processus mnémonique produit une construction en (re)structurant les informations en connaissances, pour aboutir à des concepts programmables en (ré)action(s) plus ou moins appropriées.
  4. ^ Un cheval de Troie est un type de logiciel malveillant, qui ne doit pas être confondu avec les virus ou les vers. Le cheval de Troie est un logiciel en apparence légitime, mais qui contient une fonctionnalité malveillante. Son but est de faire entrer cette fonctionnalité malveillante sur l'ordinateur et de l'installer à l'insu de l'utilisateur.

© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

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La Passe-Miroir

Il y a treize ans, je posais les yeux sur la première page des Fiancés de l'hiver, après des semaines d'hésitation tant le titre m'évoquait davantage une romance que la plus fabuleuse œuvre de fantasy depuis Harry Potter et À la croisée des mondes. Made in France de surcroît. La petite histoire derrière la tétralogie de la Passe-Miroir, vous la connaissez déjà puisque je vous en ai parlé à maintes reprises — notamment en 2017 et plus récemment en 2024, à l'occasion d'une longue interview avec Christelle Dabos, son autrice.

Aujourd'hui, la Passe-Miroir — vendue à plus d'1,3 million d'exemplaires et traduite en une vingtaine de langues — fait de nouveau l'actualité dans toutes les librairies francophones avec la sortie de l'adaptation BD, très fidèle et réussie, du premier tome illustré par Vanyda et que je vous laisse découvrir avec la petite bande-annonce ci-dessus, réalisée par mes soins.

Christelle Dabos, 2013 - Gallimard Jeunesse - 3437 pages

Ce fut, pour moi, l'occasion de me replonger dans cet univers que je n'avais pas revisité depuis la parution du dernier tome, en 2019. Et de le redécouvrir avec une perspective toute nouvelle : celle de la Conscience du Réel.

Le Dieu « menacé »

Au commencement, nous étions un.
Mais Dieu nous jugeait impropres à le satisfaire ainsi, alors Dieu s’est mis à nous diviser. Dieu s’amusait beaucoup avec nous, puis Dieu se lassait et nous oubliait. Dieu pouvait être si cruel dans son indifférence qu’il m’épouvantait. Dieu savait se montrer doux, aussi, et je l’ai aimé comme je n’ai jamais aimé personne. […]
Et un jour, où Dieu se sentait de très mauvaise humeur, il a fait une énorme bêtise.
Dieu a brisé le monde en morceaux.

En observant l'œuvre de Christelle Dabos, on ne voit pas seulement une fiction fantastique, on voit une cartographie des forces qui régissent notre propre monde : la fragmentation de la mémoire, le contrôle par l'image (les Mirages) et la peur d'un créateur face à sa création qui s'éveille.

Ainsi, dans l'Ancien Testament qu'elle évoque en interview, on ne voit pas un père aimant, mais une entité (le Démiurge/Samael/Yaldabaoth) qui craint que l'homme ne devienne son égal. 

« Mes parents ne sont pas pratiquants, mais en terminale j’ai lu la Bible et ça m’a traumatisée : j’ai découvert un dieu effrayant et jaloux », explique-t-elle. « Je me suis dit, là en fait, on parle d'un Dieu qui se sent menacé par les hommes.  »

Avec les esprits de famille, semblables à des demi-dieux, et le créateur des arches, son imagination a capté l'essence de l'Inversion — ceci dit, sans nécessairement en avoir pleinement conscience.

À noter que les arches, souvent mentionnées dans les textes religieux, sont en fait partout dans la simulation et constituent autant de seuils de recalibrage de champ destinés à réaligner les trajectoires des avatars dans le script matriciel. Leur nombre n'est pas non plus anodin : en comptant le noyau central, les 21 arches principales rejoignent les 22 arcanes du tarot et les 22 lettres hébraïques de la kabbale — les fameux Principes du Verbe ou codes sur lesquels repose cette conception.

L'oubli comme pierre d'achoppement

Ce n’était pas entièrement sa faute, néanmoins, si Artémis avait si peu de mémoire. Rien ne se fixait durablement dans son esprit, les événements lui coulaient dessus sans persister. Cette prédisposition à l’oubli était sans doute la contrepartie de son immortalité, une soupape de sûreté pour ne pas sombrer dans la folie ou le désespoir. Artémis ne se connaissait pas de passé ; elle vivait dans un éternel présent. Nul ne savait ce qu’était sa vie avant de fonder sa propre dynastie sur Anima, plusieurs siècles en arrière. Pour la famille, elle était là, elle avait toujours été là, elle serait toujours là.
Et il en allait ainsi pour chaque arche et pour chaque esprit de famille.

À l'image du cycle réincarnationnel (la roue du Samsara) et du passage par le fameux « voile de l'oubli », la mémoire apparaît comme l'enjeu central de la Passe-Miroir

Parfois, même, subsistent des traces mnésiques, insaisissables — sous forme d'impressions floues ou de bribes — fragments résiduels de souvenirs mal effacés, qui, chez certains comme les esprits de famille, deviennent obsessionnels car témoins de leur identité réelle. 

Une obsession que l'autrice avoue elle-même partager : « Je ne sais pas pourquoi ça m'obsède à ce point-là. Dans tout ce que j'écris, soit il y a des zones dans la mémoire personnelle, des souvenirs qui ont été refoulés et qui à un moment donné vont resurgir dans le récit et apporter une information importante ; soit c'est vraiment de la mémoire collective où là, il y a des volontés, effectivement, avec de la censure, de la manipulation, de dire on va réécrire l'histoire un peu différemment. Les gens ne sont pas obligés de tout savoir. Donc ça, ça me me titille mais pourquoi à ce point ? Qu'est-ce qui a déclenché ça ? »

Pourquoi ça la titille à ce point ? Peut-être parce qu'il s'agit, en réalité, d'un appel de l'Esprit à reconnecter les strates perdues du Soi morcelé. Son incompréhension est très révélatrice : c'est l'Esprit qui pousse et l'ego (l'âme) qui ne comprend pas.

Un monde façonné par les illusions et les faux semblants

Il n’y avait eu aucune transition avec le décor précédent, c’était étourdissant. L’ambassadeur s’esclaffa en remarquant la mine ahurie d’Ophélie qui écarquillait les yeux derrière ses lunettes noires.
— Précisément ce que je vous disais, le vernis sur la crasse ! Les illusions traînent un peu partout dans le coin. Ce n’est pas toujours très cohérent, mais vous vous y ferez vite. (Il poussa un soupir désabusé.) Des cache-misère ! Sauver les apparences, c’est en quelque sorte le rôle attitré des Mirages.
Ophélie se demanda si c’était par esprit de provocation qu’il portait lui-même des habits de clochard.

Il y aurait tant à dire sur les différents clans rivaux qui se disputent le pouvoir à la Citacielle — la citadelle flottante où siège Farouk, l'Esprit de famille de l'arche du Pôle. Tous participent, à leur manière, aux mécanismes de contrôle en usant de leur force mentale pour manipuler la matière et façonner la réalité. 

Les trois plus puissants sont les Dragons (la force brutale animale), la Toile (l'esprit de ruche), et les Mirages (les faiseurs d'illusions).

Les premiers agissent directement sur le système nerveux : si le cerveau est convaincu par l'agression, le corps matérialise la blessure (douleurs, fractures). Les seconds sont comme le fameux « Œil qui voit tout » (l'Adonaï) et sont tous reliés les uns aux autres ; ils n'ont, par conséquent, aucune intimité dans leur espace mental. 

© Vanyda

Quant aux derniers, les Mirages, ce sont sans doute les pires et les plus dangereux car leur pouvoir hypnotique leur permet de falsifier les strates de la réalité et manipuler les pensées. Tout comme les archontes, ce sont des parasites mentaux qui peuvent aussi travestir leur apparence à volonté. Comme l'explique Berenilde à Ophélie, on ne se tire de ces strates que « de l'intérieur » et seul un mental fort peut permettre de s'extirper de leur emprise.

Il existe toutefois des individus capables de percer à jour leurs illusions et les neutraliser : les Nihilistes. À l'instar des êtres supraconscients, ces êtres bannis de la Citacielle peuvent annuler les codes matriciels (programmations) et déceler la véritable nature de chacun par l'identification de sa signature vibratoire. Leur immunité aux illusions leur permet également de passer sous les radars archontiques en agissant en coulisses plutôt que sur les devants de la scène. Fait intéressant :  leur supravision leur vient de l'œil gauche — l'œil de l'Esprit dont est privé Yalddabaoth, le dieu aveugle.

Au-delà du miroir aux oubliettes

Lire un objet, ça demande de s’oublier un peu pour laisser la place au passé d’un autre. Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. Il faut des tripes, t’sais, pour se regarder droit dans les mirettes, se voir tel qu’on est, plonger dans son propre reflet. Ceux qui se voilent la face, ceux qui se mentent à eux-mêmes, ceux qui se voient mieux qu’ils sont, ils pourront jamais.

Dans toutes les traditions occultes, le miroir est un symbole puissant et agit comme un portail organique vers le plan astral. Ce n'est pas pour rien si dans la série, traverser un miroir demande de « se confronter à soi-même ».

Il s'agit d'une forme de passage au-delà des apparences et des reflets trompeurs de la matrice. L'Esprit qui sort du miroir n'est plus soumis à la réflexion archontique. Contrairement à l'ego, il ne se mire pas, il franchit le seuil.

Ainsi, au-delà du conte, Christelle Dabos révèle une réalité occulte brutale : nous vivons dans un monde inversé où l'écho (l'illusion, l'ego) a pris la place de l'original. L'héroïne découvre que ce qu'elle croyait être sa « vie » n'était qu'un code écrit, un scénario appliqué à la perfection par un reflet qui a fini par se croire réel. Traverser le miroir n'est alors plus un voyage, mais une déprogrammation.

La Passe-Miroir n'est donc pas juste une fiction, mais une invitation à observer les reflets et les mécanismes de notre propre « monde brisé ». 

C'est aussi le propre de la Conscience du Réel qui consiste à voir ces rouages, même là où ils sont présentés comme du merveilleux.

© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

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Le meurtre d'Henry Nowak au Royaume désuni

Bonjour et bienvenue dans Gareth Icke This Week.

Le Royaume pas si « Uni » que ça, vient de franchir un nouveau cap vers le chaos social, après un affrontement avec la police à Southampton, dans le sud de l'Angleterre. Ces manifestations ont eu lieu après que les circonstances entourant le meurtre d'Henry Nowak, un étudiant de 18 ans, aient été rendues publiques.

En décembre 2025, Nowak a été poignardé à plusieurs reprises par Vickrum Digwa, au cours d'une altercation verbale entre les deux hommes dans une rue résidentielle de la banlieue de Southampton.

Digwa a été condamné à 21 ans de prison pour homicide — un meurtre qui, comme le montrent les images des caméras-piétons des policiers intervenus sur place, aurait pu et aurait dû être évité.

Digwa, un Sikh, a déclaré à la police avoir été victime d'insultes racistes. Ainsi, bien que Nowak ait supplié les policiers en leur disant qu'il avait été poignardé et qu'il ne pouvait plus respirer, ces derniers ont privilégé les fausses allégations de racisme de Digwa et ont menotté Nowak.

Henry Nowak est décédé peu après, les menottes toujours aux poignets, sans avoir bénéficié d'aucune assistance, d'aucun soin médical — rien.

L'indignation compréhensible et tout à fait légitime de la population est montée d'un cran après la diffusion publique de l'enregistrement audio.

On y entend clairement le jeune homme de 18 ans supplier les policiers, affirmant qu'il ne peut plus respirer et qu'il a été poignardé. La réponse des agents, « Je ne crois pas, mon gars », est la phrase accablante qui a suscité le plus de réactions.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui, dans ce Royaume pas si Uni que ça, où l’on a peur de marcher dans les rues de notre enfance où l'on jouait autrefois ; où descendre dans la rue pour fêter le titre remporté par son équipe de foot se solde par de multiples agressions à l’arme blanche, comme ce fut le cas lors du récent défilé organisé pour célébrer la victoire du club d'Arsenal.

On craint que la police, que l'on croyait autrefois chargée de nous protéger, ne se range du côté de notre agresseur et nous laisse nous vider de notre sang sur le bitume.

On craint que le gouvernement, que l'on croyait autrefois élu pour nous représenter et protéger nos frontières, ne fasse exactement le contraire et encourage justement les conflits civils et le déclin social qui mènent à l'effondrement d'une nation.

Et tout cela n'a rien de fortuit ; le remodèlement de la police, qui s'étend sur plusieurs décennies, s'inscrit bel et bien dans ce plan.

Vous savez, il y a des Vickrum Digwa dans toutes les démographies qui nous entourent. Je déplore ce fait, j'aimerais que tout le monde soit foncièrement bon, mais j'ai assez d'expérience pour savoir que ce n'est tout simplement pas le cas.

Des psychopathes, on en trouve dans tous les milieux, et Vickrum Digwa ne représente donc pas tous les Sikhs, tout comme Arjun Chowdhury ne représente pas tous les Musulmans, ou Benjamin Netanyahu ne représente pas l'ensemble des Juifs – même s’il s’en targuerait probablement –, et tous les Blancs ne sont en aucune manière responsables de la traite des esclaves, des injustices du passé ou des guerres de conquête.

Nous ne sommes pas des groupes, ni des communautés où tout le monde pense et agit de la même façon. Nous sommes des êtres humains à part entière et nous sommes tous responsables de nos propres actes, et non de ceux d’autres personnes qui nous ressemblent ou qui soutiennent la même équipe.

Il y a des hommes qui sont bons — il y en a qui sont mauvais et d'autres qui sont indifférents.

Un jour, je me suis endormi sur un banc à Tel-Aviv, et j’ai été réveillé par des types qui essayaient de me piquer mon portefeuille. Il y a des gens qui sont restés là, à regarder, sans rien faire, mais il y en a d’autres qui se sont précipités pour voir si j’allais bien, et l’un d’eux m’a même payé un café.

Bons, mauvais, indifférents. Ils ne veulent pas que nous nous considérions comme des individus, et encore moins comme une famille humaine unie, mais comme des sous-groupes. Des groupes que l'on dresse les uns contre les autres. Et un excellent moyen d'y parvenir consiste à traiter ces groupes différemment au regard de la loi, des autorités, en matière d'opportunités, d'avancement professionnel, etc.

Bien entendu, les groupes qui sont valorisés et protégés et ceux qui sont opprimés et diabolisés vont changer au fil du temps, histoire que chacun se sente un peu mis à l'écart, à un moment ou à un autre, et nourrisse un certain ressentiment.

George Floyd, un individu avec une série de crimes odieux à son actif —  notamment celui d'avoir braqué une arme à feu sur le ventre d'une femme, sous les yeux de son enfant, alors qu'il se trouvait chez elle pour la voler — a été tué par un policier aux États-Unis en 2020 alors qu'il disait ne plus pouvoir respirer. 

Dès lors, « Je ne peux plus respirer » est devenu le slogan mondial contre les violences policières et l'injustice. C'est le racisme institutionnel qui avait tué George Floyd, et tout le monde, des dirigeants mondiaux aux footballeurs internationaux, s'est agenouillé en signe de solidarité.

Mais le feront-ils pour Henry Nowak ? Keir Starmer s'agenouillera-t-il dans une opération de com comme il l'a fait en 2020 ? Harry Kane, le capitaine de l'équipe d'Angleterre, mettra-t-il un genou à terre avant le premier match de la Coupe du monde ?

Bien sûr que non, et je ne m'attendrais pas à ce qu'ils le fassent. Mais ce que je veux dire, c'est que c'est ce système à deux poids deux mesures avec des règles différentes selon les groupes, qui alimente ce sentiment d'injustice, d'iniquité et de division.

C'est tout à fait voulu. Les gens sont en colère, déconcertés, désabusés, effrayés, méfiants les uns envers les autres, et c'est exactement le but recherché. Le glissement vers les inégalités, la discrimination positive et le racisme inversé au sein des institutions — de la police au service de santé public, en passant par le système éducatif et le gouvernement —  n'est pas le fruit de l'incompétence ou des bonnes intentions d'individus qui auraient simplement poussé le bouchon un peu trop loin.

Non, l'injustice et le ressentiment qui en découlent inévitablement font partie intégrante du programme, car les pouvoirs en place veulent que vous vous ralliez à l'un des deux camps. Désillusionnés et apathiques au point de renoncer, ou au contraire, tellement aigris et consumés par la rage que vous en venez à prendre les armes pour vous affronter les uns les autres.

Ils veulent le chaos pour pouvoir ensuite instaurer l'ordre, et peu leur importe combien de pauvres âmes comme Henry Nowak ou combien de petites filles innocentes à un cours de danse sur Taylor Swift il faudra pour nous y mener.

Nous devons nous haïr suffisamment les uns les autres pour ne pas nous unir, et nous craindre mutuellement le plus possible pour accepter n’importe quelle solution qui nous serait proposée afin d’assurer notre sécurité.

Nous devons haïr et craindre les Musulmans. Ce sont tous des terroristes. Ce sont tous des terroristes ou des sympathisants du terrorisme, non ? Tous, sans exception ?

Nous devons haïr et craindre les Juifs, car ils sont tous pour le génocide et le nettoyage ethnique. Encore une fois, tous, sans exception ?

Nous devons haïr et craindre quiconque s’inquiète de l’immigration massive et de la direction que prend notre nation, car ce sont tous des extrémistes de droite. Tous, sans exception ?

Toutes les générations précédentes qui ont volé l'avenir de nos enfants en brûlant des combustibles fossiles et en votant pour quitter l'UE.

Tous ces petits morveux, ces rats pestiférés qui balancent leurs postillons sur mamie et lui refilent la grippe chinoise.

Et maintenant, tous ces Sikhs avec leurs poignards cérémoniels et leur protection policière.

Mettez tout le monde dans un sous-groupe, puis faites de chaque groupe une menace et une cible potentielle. De cette façon, nous serons toujours divisés. Pas en groupes de « bons » et de « mauvais » de toutes les catégories ethniques, car cela ne fonctionnerait pas.  Les bons seraient plus nombreux que les mauvais, et le château de cartes serait menacé. Et ils ne veulent pas de ça.

Ils veulent diviser les bons entre eux, nous pousser à nous haïr et à nous craindre autant que possible, pour que nous ne puissions jamais nous unir.

Pour ma part, Mesdames et Messieurs, je refuse de céder à la peur et je refuse de céder à la haine. Nous avons agi ainsi pendant des siècles. Et regardez autour de vous. Regardez où cela nous a menés. Je pense qu’il est temps d’adopter une approche différente.

© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

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Quand la lucidité reprend les rênes

Il y a un moment assez étrange dans certains parcours. 

Au début, on pense avancer parce qu’on accumule des informations. On lit, on écoute, on suit des personnes qui semblent avoir compris les rouages du monde mieux que nous. Et effectivement, certaines ouvrent des portes.

Puis, avec le temps, quelque chose change. On commence à remarquer les contradictions, les dérives, parfois même les mécanismes d’emprise derrière des discours qui parlaient pourtant de liberté. Et ça peut faire mal, parce qu’on a l’impression d’avoir été trompé.

Mais en réalité, cette étape est souvent saine.

Car le problème n’est pas seulement celui des faux guides ou des discours douteux. Le problème, c’est surtout notre tendance à chercher quelqu’un qui nous dise quoi penser, quoi comprendre ou dans quelle direction aller.

Le système s’adapte très bien à ça. Si une croyance s’effondre, il en propose une autre, plus moderne, plus séduisante, plus “éveillée”. Le décor change, mais le réflexe reste le même : remettre son centre entre les mains d’autre chose que soi.

À un certain point, on comprend alors que les outils, les enseignements ou même certaines personnes n’étaient peut-être pas des vérités à suivre, mais simplement des étapes de transition. Des appuis temporaires.

Et il arrive un moment où ces appuis doivent tomber.

Pas dans la colère. Pas dans le rejet. Simplement parce qu’ils ne sont plus nécessaires.

C’est là que quelque chose devient plus stable. Plus direct aussi. On arrête progressivement de courir après des validations extérieures, des réponses toutes faites ou des figures d’autorité spirituelle.

On devient plus silencieux intérieurement. Plus lucide. Moins impressionnable.

Et peut-être que la vraie autonomie commence exactement à cet endroit-là.

© La Pensine Mutine. Tous droits réservés. Reproduction interdite.

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